Luc Saint-Elie : le futur pour Panasonic c'est la migration vers l'Energie

Luc Saint-Elie est le responsable de la communication de Panasonic France. Ancien journaliste, il est également responsable de la formation du constructeur japonais. Il connait donc très bien l'entreprise, mais aussi ses produits.

On a l’impression que Panasonic est très prudent sur le secteur des téléviseurs pour cette édition de l’IFA.

Le gros focus est sur la télé connectée. On peut considérer que c’est la mort de la télé classique qui est une boite pour regarder des programmes broadcastés. La télé devient un moniteur familial où l’on peut y diffuser ce que l’on veut.

C’est désormais toute votre gamme qui est connectable ?

Oui, c’est comme la 3D l’année dernière, on disait que tous les téléviseurs allaient y passer. Le problème désormais est le prix des produits. Le prix moyen de vente d’un téléviseur est de 400 euros. 25 % du marché est représenté par des produits à moins de 200 euros. Ceux à 300 euros représentent 35 à 40 % des ventes. En gros le téléviseur d’aujourd’hui se vend au prix d’un smartphone voire même moins cher. Du coup, certaines technologies vont descendre dans les gammes moins vite que prévu car il devient compliqué de faire de la marge. Plus beaucoup de constructeurs gagnent de l’argent avec la télévision.

Est-ce aussi le cas de Panasonic ?

On voit que beaucoup d’acteurs sont en train de changer leur stratégie. Philips a revendu sa marque et Sony fait du réétiquetage en arrêtant sa R&D. Nous, Samsung et LG avons des usines, ce qui nous permet de maitriser encore les coûts de production, sans toutefois que l’activité soit très profitable. Dans ce contexte, Panasonic est un peu plus protégé car nous sommes sur une niche de téléviseurs haut de gamme. La télévision va mal et toute la chaine en souffre, comme les revendeurs. Il reste seulement quelques années devant lui au marché des téléviseurs qui est en train stagner.

Les fabricants ne vont pourtant pas pour autant arrêter leur activité ?

Il suffit d’aller faire un tour sur les stand chinois de l’IFA pour se rendre compte du futur. Le passage de relais se prépare. Ce n’est pas pour demain, mais certains constructeurs commencent à avoir des télévisions très regardables avec des looks de plus en plus élégants. Les Japonais seront incapables de gagner de l’argent avec des téléviseurs à 300 euros et d’en faire gagner du même coup à leurs distributeurs.

Dans ce contexte difficile, quels vont être les relais de croissance de Panasonic ?

C’est pour nous très clair, le groupe est en train de pivoter vers le marché de l’énergie. Notre rachat de Sanyo était un premier signe. Les plus sérieux quand on parle d’écologie sont finalement les industriels. Ils ne sont pas là pour sauver la planète, mais pour investir un marché d’avenir. Si on se projète à 10 ou 20 ans, la quasi totalité du parc automobile mondial dans les pays développés va passer du mazout à l’électricité. Pareil pour les maisons, les panneaux solaires qui ont pour l’instant des rendements faibles vont faire des progrès.

Vous avez la technologie nécessaire pour investir ce marché ?

Les usines qui fabriquent des dalles utilisent des technologies par forcément très différentes de celles qui produisent des panneaux solaires. Ça prendra des années pour nous tourner entièrement vers l’énergie, mais l’électronique grand public n’est n’est plus un métier à valeur ajoutée. Le futur pour Panasonic est donc cette migration vers l’énergie : batteries, fournitures d’équipements pour l’automobile et habitat. Dans dix ans, notre stand de l’IFA risque de proposer très peu d’électronique grand public.

Le constat est le même sur le marché de la photo sur lequel vous êtes en bonne position ?

Quand on sait que l’appareil photo compact de demain s’appellera Galaxy SIII ou iPhone 6, il parait logique que ce marché baisse. Les gens utilisent désormais leurs téléphones pour cet usage. Panasonic est très bien placé sur le marché des compacts, mais comme le reste, c’est un métier où l’on peut presque dater le moment où il va s’arrêter. Donc la migration vers les appareils hybrides est une vraie proposition pour les gens qui veulent de meilleurs appareils que leurs smartphones. Jusqu’à maintenant nous nous sommes attachés à diminuer la taille des boitiers, aujourd’hui nous débutons la phase 2 qui s’attaque à la réduction des optiques.

C’est le but de votre série X ?

Oui, cette série est pour Panasonic un peu ce qu’est la série L chez Canon. On obtient ainsi un objectif 28-86 au format pancake très compact. Cette série est innataquable techniquement. Le public de ce genre d’appareils hybride vient culturellement en majorité du compact. C’est pour cela que l’on a implémenté un zoom électrique sans avoir à tourner soi-même la bague de l’objectif pour obtenir la même ergonomie qu’avec un compact classique.