Philippe Barthelet (Samsung) : "Il n’y a pas que l’iPhone dans la vie"

Philippe Barthelet est l'un des vice-présidents de Samsung au niveau mondial. Créateur de la division télécom française de la marque, il est le principal artisan de son succès dans l'hexagone où le constructeur coréen est le premier vendeur de mobiles. Sa réaction sur les annonces de l'IFA et les relations désormais tendues avec Apple.

Avec le Galaxy Note vous dites créer une nouvelle catégorie de produit mobile, à quelle cible va-t-elle s’adresser ?

Le jour où l’on nous a montré ce produit là, on a dit à nos équipes coréennes « c’est trop gros », mais au final on s’y habitue très vite. Tant qu’il tient dans la main, c’est le plus important. C’est en créant des produits comme ça que l’on crée aussi de nouvelles habitudes de consommation. Au départ ce sera plus un produit de productivité, par forcément grand public, mais on peut être surpris.

Le retour du stylet dans vos produits ne risque-t-il pas d’effrayer certaines personnes qui n’y était plus habituées ?

Il y a toute une clientèle nostalgique des Palm qui peut être intéressée par ça. Mais notre but était surtout de commercialiser un produit plus fin et plus léger que ceux de la concurrence. C’est le cas avec le Galaxy Note. Le fait de pouvoir revenir à l’écriture permet avec cette taille d’écran de saisir plus facilement des SMS par exemple ou de prendre des notes plus rapidement.

En terme de prix il se positionnera sur quelle gamme ?

Il sera disponible à 549 euros sans subvention, les opérateurs devraient le vendre avec un abonnement autour de 199 euros. Ce sera notre produit phare de fin d’année.

Du côté des téléviseurs, vous mettez l’accent sur la connectivité et le système Smart TV, projetez-vous de commercialiser un jour des Google TV ?

Non, ce n’est pas à l’ordre du jour. Il n’y aura pas pour le moment de Google TV dans nos téléviseurs, en revanche nous avons été sélectionnés pour être fabricant de la box intégrant le système, mais plutôt pour la deuxième ou troisième génération prévue pour la fin de l’année prochaine.

Les clients connectent-t-ils systématiquement leurs téléviseurs une fois installés ?

Il y a un travail d’éducation important en magasin pour bien expliquer ce qu’est la télé connectable. Aujourd’hui, un acheteur de téléviseur connecté sur trois connecte vraiment sa télé une fois installée chez lui. Souvent parce qu’il connait pas les fonctionnalités du produit qu’il a acheté.

En revanche on a l’impression que cette année vous parlez beaucoup moins de 3D.

Finalement nous sommes en train d’équiper un parc de téléviseurs 3D ready. Le jour où le parc sera important, on sera prêts. Ce n’est plus forcément un argument que l’on met en avant. On a réussi à trouver un accord avec d’autres fabricants pour rendre nos lunettes compatibles, car c’était aussi une barrière à l’achat.

Vous avez aussi annoncé une nouvelle série de PC. On parle beaucoup d’un rachat possible de la division IT de HP par votre société. 

Je ne pense pas que le rachat soit d’actualité. Même concernant webOS, nous disposons de notre propre OS mobile qui est Bada sur lequel on s’investit beaucoup. Je ne vois pas l'intérêt pour nous de racheter HP ou webOS. On a tout de même vendu 1,6 million de mobiles Bada en France avec 10 000 applications disponibles.

Vous vendez beaucoup de mobiles Bada et Android, qu’en est-il de Windows Phone ?

Le second modèle que l’on a commercialisé avec cet OS s’est bien mieux vendu que le premier. On va accompagner Microsoft de manière plus pointue sur la sortie de la prochaine version Mango en octobre, avec un ou deux opérateurs. Il faut aussi que Microsoft arrive à convaincre la communauté des développeurs pour avoir plus d’applications.

Où en-êtes vous des procès contre Apple concernant les brevets ?

Ce qu’il faut savoir c’est que malgré toutes les informations que l’on a pu entendre à ce sujet, on peut aujourd’hui vendre toutes les tablettes et smartphones que l’on veut en France. Pour l’instant aucun procès n’est en cours en France, cela concerne seulement les Pays-Bas, l’Allemagne, les Etats-Unis ou encore l’Australie. Mais c’est délicat, il faut savoir qu’Apple était un de nos plus gros clients, jusqu’à présent il y avait comme un pacte de non agression entre nous. Désormais Apple a choisi de diversifier ses fournisseurs et est devenu l’un de nos plus gros concurrents, les relations ont fini par se tendre. Mais on sent que l’image d’Apple change, beaucoup lui reprochent ce que l’on reprochait à Microsoft dans les années 90. D’une stratégie de niche, Apple est passé à une stratégie de masse et ce sont deux métiers complètement différents.

Craignez-vous l’arrivée de l’iPhone 5 ?

Non car nous avons pu lancer le Galaxy SII avant. Initialement le 5 devait sortir en mai-juin comme d’habitude, nous avions donc avancé son lancement. Et nous allons les prendre en sandwich avec le Galaxy Note. Nous avons donc de très bons arguments. Il y a moins cette attente des consommateurs envers l’iPhone et ils sont séduits quand on leur montre un de nos produits. Même si c’est un super produit, il n’y a pas que l’iPhone dans la vie.