[Test] Beyond Two Souls : on craque ou pas ?

Trois ans après Heavy Rain, Quantic Dream revient sur le devant de la scène avec Beyond Two Souls, un jeu singulier à mi-chemin entre le cinéma et le jeu vidéo. Contrairement aux précédentes productions du studio français, on n’y incarne pas plusieurs personnages aux destins croisés, mais deux êtres complémentaires. Beyond Two Souls propose au joueur/spectateur de suivre, manette en main, le destin de Jodie Holmes, une jeune fille particulière liée à une entité surnaturelle protectrice nommée Aiden. 15 ans de la vie de Jodie se déroulent sur le téléviseur, de son enfance à son âge adulte en passant par l’adolescence turbulente. Ces périodes sont pavées de découvertes et de choix. C’est là qu’intervient le joueur qui pourra changer le cours de l’histoire de l’héroïne.

Exclusif à la PS3, Beyond Two Souls est poussé par Sony qui pousse le battage médiatique et marketing à son sujet. Blockbuster de la fin de vie de la PS3, cette expérience vidéoludique vaut-elle la peine d’être vécue ?

Parce que plus qu'un jeu, c'est un film

Le studio de David Cage ne renie pas son passé. Avec Beyond Two Souls, Quantic Dream signe une aventure cinématographique interactive. Qu’on se le dise, ce n'est pas un jeu que l’on introduit dans la console, c’est un Blu-ray, un film qui se joue, un jeu avec de véritables acteurs comme The Nomad Souls à l’époque ou encore l’excellent Onimusha 3. Ils sont trois pontes d’Hollywood à avoir souscrit au projet de David Cage : Willem Dafoe, Ellen Page et Kadeem Hardison. Derrière eux, ce sont 160 autres figurants et personnages secondaires qui se sont relayés durant un an pour un tournage en performance capture, afin de retranscrire leurs mouvements propres et multiplier d’autant plus le rendu naturel des personnages dans le jeu.


La reproduction de véritables acteurs dans un titre aussi passif que Beyond Two Souls peut troubler le joueur qui voit s’effacer la frontière entre jeu et film. En ce sens, Quantic Dream a monté son jeu autour d’une réalisation cinématographique en utilisant des angles de caméra propre au septième art, renforçant d’autant plus l’immersion du joueur. Ce travail artistique est appuyé par les petits doigts des développeurs qui ont réussi à tirer profit des dernières limites de la PS3. En fin de vie, elle montre ici ce qui lui restait sous le pied et expose des graphismes léchés et convaincants.

Pour parachever son oeuvre, David Cage a fait appel aux talents musicaux de Hans Zimmer (Le Roi Lion, Gladiator) et de Lorne Balfe (Sherlock Holmes 2, The Dark Knight Rises). Ces deux compositeurs de musiques de film étaient tout trouvés pour mettre à profit leurs expériences sur un jeu tel que Beyond Two Souls. L’ambiance musicale est parfaite. C’est sans fausse note que l’on parcourt la vie de Jodie Holmes, entraîné par des mélodies appropriées à chaque scène, chaque action, tantôt mélancolique, tantôt dramatique, mais jamais surjouées.

Parce que je peux y jouer avec ma femme

Beyond Two Souls ne plaira pas à tout le monde. Sa jouabilité minimaliste est un parti-pris assumé. Le joueur n’a que quelques actions à effectuer. Cinématiques et scènes de gameplay sont à parts égales. Un coup de stick à gauche, une action contextuelle, quelques pas, switcher entre Jodie et Aiden, voilà à peu près ce qu’il est possible de faire dans Beyond Two Souls. C’est simpliste, ce le sera trop pour certains. Néanmoins, ce gameplay a l’avantage d’être abordable par Monsieur Toulemonde.


J’ai d’ailleurs, pour ma part, réussi à jouer pour une fois avec ma femme. Non pas qu’elle ait en horreur les jeux vidéo, mais elle n’a jamais voulu prendre le temps de comprendre comment manipuler une manette (ou le sacro-saint combo clavier-souris). Avec Beyond Two Souls, c’est une soirée sympathique qui s’est improvisée à deux devant le téléviseur. Chacun avait sa manette (oui, le jeu est jouable à deux en local), l’un prenant les commandes de Jodie et l’autre celles d’Aiden. Et puisque, comme je le disais, la manette rebute ma chère épouse, c’est avec un iPad qu’elle s’est immergée dans son personnage.

C’est là la bonne idée de gameplay de Quantic Dream. Le studio a développé une application pour iOS et Android qui prend la place de la Dualshock 3 durant la partie. Nommée Beyond Touch, elle est gratuite. Grâce à elle, le jeu est simplifié à l’extrême. Plus besoin de chercher les boutons sur la manette, seuls ceux à utiliser à l’instant T apparaissent sur la tablette ou le smartphone utilisé. Il n’y a plus qu’à suivre les indications affichées sur la surface tactile et profiter du jeu. Pour un « non-joueur », c’est une approche efficace du jeu vidéo. Une petite entrée qu’offre Quantic Dream à ceux qui n’ont acheté une PS3 que pour son lecteur de Blu-ray.

Parce que le parti-pris des flashbacks casse l’intrigue

Si Beyond Two Souls propose au joueur de suivre 15 ans de la vie de Jodie Holmes, ce n’est pas de manière chronologique, contrairement à Heavy Rain qui se déroulait sur une semaine. Tout le jeu est construit autour de flashbacks. Il y a bien une trame principale, mais celle-ci est comme morcelée, c’est la progression du joueur qui fait apparaître les éléments de l’intrigue. À lui de les réordonner dans sa tête, chapitre après chapitre. C’est absolument déroutant au départ, mais on s’habitue peu à peu à ce mécanisme.

Comme précisé en introduction, Beyond Two Souls est basé sur des choix. En fonction d’eux, l’histoire prendra une autre direction, en théorie. C’est le point de gameplay mis en avant par David Cage lors de la promotion du jeu. À l’instar d’Heaxy Rain il y a trois ans, le joueur pourrait influencer le cours de l’histoire en optant plutôt pour telle ou telle option de dialogue, en effectuant une action plutôt qu’une autre. Malheureusement, si la promesse était belle, elle n’est pas accomplie. En cause : les flashbacks. En effet, navigant entre Jodie enfant, ado et adulte, le joueur découvre rapidement des morceaux de sa vie et sait alors que tel ou tel personnage sera toujours en vie lorsque Jodie sera adulte, par exemple. Le système de jeu basé uniquement sur les flashbacks dévoile ici ses limites. En sachant cela, les choix à effectuer en deviennent d’autant moins importants. Certains auront bien une influence, mais n’auront pas d’impact déterminant sur le jeu, mis à part ceux des derniers chapitres. Pour préserver un déroulement optimal, David Cage aurait dû reprendre une tournure chronologique à la moitié du jeu.

Parce qu’on n’a pas le temps de s’attacher aux personnages

Pour profiter de Beyond Two Souls, il ne faut pas qu’apprécier son gameplay. Centré sur ses personnages, le jeu réclame d’une certaine manière que l’on s’y attache. Sur ce point, ce ne sont pas les occasions qui manquent. Je me rappelle encore prendre le contrôle d’une Jodie à la rue, clocharde, sans le sou. Sa rencontre avec quelques amis d’infortune est poignante. Certaines scènes (que je ne peux développer sans spoiler) de ce chapitre m’ont touché. Mais à peine m’étais-je pris d’empathie pour les personnages qui m’entouraient, que déjà le jeu changeait de chapitre pour m’envoyer dans le corps de Jodie enfant. En réalité, le jeu ne laisse pas le temps de s’attacher durablement aux protagonistes à cause des flashbacks. Décidément, ils desservent plus qu’ils n’apportent.

À l’opposé, si les personnages n’inspirent aucune émotion au joueur, il se lassera rapidement et traversera les niveaux sans percevoir cette saveur indispensable à l’expérience Beyond Two Souls.

Parce que c'est trop court

26 chapitres, auxquels on ajoute un prologue et un épilogue. En tout, c’est une promesse de 10-12 heures de jeu effectives. Ce temps est bien respecté puisqu’il est impossible de « rusher » Beyond Two Souls, le scénario et ses nombreuses cinématiques dictant le rythme. Néanmoins, pour 69 euros, c’est un peu court. Certes, les Call of Duty et autres Battlefield coûtent aussi cher et se terminent en moins de temps que ça, mais ils ont une partie multijoueurs qui fait résonner le mot « rejouabilité ». Contrairement à Heavy Rain qui disposait d’une bonne rejouabilité grâce aux impacts des choix pris par le joueur, Beyond Two Souls n’a qu’une dizaine de fins différentes à offrir, sans que la trame principale soit modifiée au cours du jeu. En ce sens, il se rapproche encore plus d’un blockbuster cinématographique. On le regarde une fois, puis on le range.

Verdict

Que penser de Beyon Two Souls ? Il est idéal pour tenter une approche des jeux vidéo, notamment grâce à l’application Beyond Touch. C’est l’occasion de faire découvrir cet univers aux néophytes. A contrario, les joueurs aguerris seront déçus par cette production. Trop simpliste, court et étrangement construit, Beyond Two Souls n’a pas la saveur d’Heavy Rain dans lequel les choix dominaient le gameplay. Si ce dernier jouait la carte du film interactif, Beyond Two Souls rend encore plus spectateur que joueur celui qui tient la manette.

Note : 3/5

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