L'ex-PDG de LG France s'attaque à la "folie" des Coréens

Eric SurdejEric Surdej

Tour à tour vice-président puis PDG de LG France, Eric Surdej quitte finalement le groupe sud-coréen en 2012. Remercié suite aux mauvais résultats de l’entreprise, il raconte aujourd’hui ses tribulations au sein d’un des trois principaux conglomérats coréens, dans un livre au titre volontairement racoleur : Ils sont fous, ces Coréens ! 

Délié de sa clause de confidentialité au niveau européen, Eric Surdej n'a aucun compte à rendre. Pour autant, il a tenu à jouer la carte de la transparence en donnant à relire son livre à LG France. Leur retour ne s'est porté que sur des points de détail, des nuances. En aucun cas, ils n'ont remis en cause la teneur des propos de leur ex-PDG.

Dans une entreprise coréenne, le patron ne domine pas la ville. Son bureau n’est pas au énième étage, mais installé bien discrètement au-dessus de l’entrée afin de pouvoir scruter les allées et venues des employés. Voilà l’une des nombreuses anecdotes que l’on peut lire dans le récit d’Eric Surdej. L’ancien cadre dirigeant y aborde les excès et les méthodes expéditives des chaebols, ces associations d’entreprises coréennes dont font partie Samsung, Hyundai et LG.

Une surveillance draconienne

Après avoir baroudé chez Thomson, Telefunken, Philips, Sony ou encore Toshiba, c’est avec un solide bagage asiatique qu’Eric Surdej pose ses valises chez LG Electronics. En 2010, il prend le poste de PDG de la filière française et devient par la même occasion le premier non sud-coréen à atteindre une telle responsabilité. Il fait alors partie des 400 cadres les plus importants du groupe. Il découvre alors encore plus le rythme coréen et doit le subir bien qu’il soit basé en France. Sa semaine ne court plus du lundi au vendredi, mais intègre alors le week-end. Afin de s’assurer que leurs collaborateurs sont bien au turbin les samedi et dimanche, la maison-mère surveille les locaux français avec un réseau de caméras, explique Eric Surdej. 

Maison-mère de LG à SeoulMaison-mère de LG à Seoul
Tous les cadres sont surveillés, tous les grades, devrait-on plutôt dire, les chaebols hiérarchisant scrupuleusement leurs équipes avec un code similaire à celui de l’armée. Dans la même verve, les réunions doivent s’ouvrir et se clore par un  cérémonial  accordant un salut paramilitaire à la déclaration « je m'engage à faire le maximum et à donner toute ma personne pour que LG soit numéro un ».

Tous les employés sont notés et peuvent se comparer entre eux. Les tâches sont subdivisées et décortiquées pour que le salarié ne puisse plus qu’être réduit à l’état de machine. Pour Eric Surdej, LG souffre d’un « déficit de compréhension des relations humaines et ne se limite qu’à une relation factuelle », un travers commun à tous les chaebols.

Bon salaire, mauvais horaires

Bien entendu, sa position a aussi ses avantages. Voiture avec chauffeur et autres avantages en nature s’additionnent à son salaire confortable avoisinant les 420 000 euros par an, auquel il faut ajouter l’intéressement qui ajoute de six à sept mois de salaires si les performances sont au rendez-vous. Mais pour tout cela, il faut s’accommoder d’un rythme de travail effréné et d’une communication exclusivement en coréen, voulue par une nouvelle direction coréenne. Lors de la présentation de son livre à la presse, Eric Surdej explique que pour suivre, il a dû s’aider d’une traductrice à plein temps pour lui traduire ses 400 mails journaliers et y répondre. Un intermédiaire qui l’a ralenti et a pu participer à son éviction.

À travers Ils sont fous, ces Coréens !, Eric Surdej dit haut et fort ce que de nombreux Coréens pensent tout bas, d'après lui, et ne peuvent certainement pas clamer. Les nouvelles générations ne veulent pas reproduire le schéma paternel. Éduquées hors de Corée, elles aspirent à un monde du travail différent, plus occidental. D’ailleurs, quelques ex-collaborateurs européens issus du siège asiatique de LG ont félicité discrètement Eric Surdej d’avoir été le chantre de leurs idées via sa plume. 

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