Smartphones : une sécurité excessive freinerait les enquêtes policières

Le procureur de Paris François Mollins signe cette semaine, en collaboration avec ses homologues américain et espagnol ainsi que le préfet de police de Londres, une tribune dans le New York Times dans laquelle les trois magistrats dénoncent le chiffrement des données présent sur les smartphones, et plus spécifiquement ceux mis au point par Apple et Google. Ils s’inquiètent en effet du fait qu’en les empêchant d’accéder aux données des utilisateurs, ces constructeurs ralentissent considérablement certaines enquêtes, exemple à l’appui.

« En juin dernier, un père de famille a été tué par balle au nord de Chicago », raconte la tribune, baptisée « Quand le chiffrement bloque la justice », dès ses premières lignes. Si ce fait divers sert d’exemple aux auteurs, c’est parce qu’au cours de l’enquête, les policiers se sont retrouvés dans l’incapacité d’accéder aux données de deux smartphones trouvés près de la victime : un iPhone 6 fonctionnant sous iOS 8, et un Galaxy S6 Edge sous Android. Les deux téléphones étaient protégés par un mot de passe, une mesure désormais commune chez la plupart des utilisateurs de smartphone, ne serait-ce que pour protéger les données personnelles en cas de vol. Seulement, et malgré le mandat obtenu par un juge de l’Illinois, les enquêteurs n’ont eu aucun moyen de contourner cette sécurité pour accéder aux données contenues dans ces deux appareils.

Ils mettent donc en cause les systèmes de sécurité et de chiffrement, de plus en plus draconiens, qu’Apple et Google proposent dans leur système d’exploitation mobile. L’article raconte qu’aujourd’hui encore, l’enquête reste au point mort, le tueur n’ayant pas été identifié, et pose la question : « au nom des victimes de crime dans le monde entier, nous demandons si ce chiffrement vaut vraiment ce coût ».

Protection de la vie privée vs sécurité des citoyens

Les questions de la sécurité des données sur mobile font débat ces derniers temps, notamment depuis les révélations d’Edward Snowden à propos de la surveillance massive de la NSA auprès des citoyens américains, mais aussi du monde entier. Apple et Google avaient notamment réagi à cette affaire en annonçant, chacun de leur côté, la possibilité d’instaurer un mot de passe général permettant de protéger tout le contenu du téléphone, ayant pour résultat l’impossibilité pour ces deux marques d’accéder au contenu d’un appareil sans en connaître le mot de passe. Une mesure qui vise évidemment à rassurer les utilisateurs sur la protection de leur vie privée, mais qui semble désormais mettre des bâtons dans les roues des enquêteurs.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que les autorités se plaignent de la sécurité élevée de nos appareils mobiles : en octobre dernier, le directeur du FBI James Coney avait déjà exprimé des craintes quant à ce système de chiffrement, craignant qu’elle permette à certaines personnes « d’agir au-dessus des lois ». Les gouvernement de plusieurs pays s’intéressent également à ce problème : aux États-Unis bien évidemment, mais également au Royaume-Uni, où le premier ministre David Cameron a dénoncé des « moyens de communication que nous ne pouvons pas lire ». L’Australie, de son côté, a déjà adopté une loi en faveur des autorités, tandis que le sujet fait débat aux Pays-Bas. La France n’a toujours pas pris position sur la question.

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