Triton : les branchies artificielles qui affolent la toile

Le Triton est un appareil un peu étrange, qui se fixe dans la bouche de son utilisateur, et qui promet une avancée technologique encore inédite : pouvoir respirer sous l’eau en convertissant l’eau en oxygène respirable. L’appareil, qui fait actuellement l’objet d’une campagne de financement participatif à succès sur Indiegogo, mais qui interroge la communauté scientifique sur le fait qu’il pourrait s’agir d’un projet sans avenir.

Le principe du Triton semble, sur le papier, assez simple. Il est composé d’une partie qui s’insère dans la bouche, à laquelle sont reliées deux protubérances que les concepteurs qualifient de « branchies artificielles ». Elles sont équipées de minuscules trous, trop petits pour laisser passer l’eau, mais assez grands pour en filtrer les molécules et ainsi récupérer le précieux oxygène à l’aide d’un micro compresseur. Plusieurs photos et vidéos accompagnent les explications des concepteurs de ce prototype, mais si l’idée a l’air géniale, elle semble néanmoins irréalisable d’un point de vue scientifique.

Présentation de Triton

En effet, la petite taille de l’appareil est un premier indice, puisqu’avec une largeur de 29 centimètres, il semble beaucoup trop petit pour convertir suffisamment d’oxygène pour permettre à un plongeur d’éviter l’asphyxie. Dans des conditions idéales, il faudrait en effet récupérer l’oxygène contenu dans 90 litres d’eau chaque minute, en considérant que l’appareil fournisse un rendement de 100 %, ce qui semble impossible pour des tubes de si petite taille, à moins de nager à des vitesses bien trop importantes. De même, la puissance requise pour convertir autant d’eau en oxygène en si peu de temps semble beaucoup trop importante pour une simple batterie au lithium, selon Andrew David Thaler, spécialiste des fonds marins qui a expliqué à Business Insider pourquoi ce projet n’est pas viable. La seule comparaison possible serait avec le système d’électrolyse utilisé par les sous-marins afin de convertir l’eau en oxygène, qui est ensuite mélangé à l’air de la cabine. Mais ces systèmes réclament eux aussi une importante quantité d’énergie, qui est en réalité fournie par le réacteur nucléaire du sous-marin. Difficile d’imaginer qu’un appareil de 29 centimètres de large puisse embarquer un réacteur nucléaire, et même si c’était le cas, il ne serait probablement pas recommandé de se le coller sur le visage.

Le Triton paraît donc être une invention révolutionnaire sur le papier, mais pour les scientifiques, il ne s’agit que de science-fiction. Le projet sur Indiegogo, quant à lui, a déjà reçu le soutien de plus de 2200 personnes et récolté plus de 836 000 dollars, dépassant ainsi largement son objectif initial de 50 000 dollars. « Sur le papier, ce projet a l’air très excitant », commente Neal Pollock, chercheur en médecine hyperbare et en physiologie environnementale à Business Insider, « mais je déconseillerais à qui que ce soit de sortir son portefeuille ». 

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1 commentaire
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  • Xiiime
    Il y a aussi autre chose : l'oxygène pur est toxique, propriété d'autant plus importante dans le domaine de la plongée où la pression à laquelle les gaz sont absorbés constitue toute un travail de rigueur en termes de proportions. Il est important donc de noter que si le Triton fonctionnait réellement tel qu'il l'annonce, rien n'indique qu'il soit sûr de l'utiliser pour la plongée sous-marine.
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