On a testé des montres connectées chinoises (et ça vaut le détour)

Des montres connectées moins chères que les autres ?

Des montres tellement ennuyeuses qu'elles donnent sommeilDes montres tellement ennuyeuses qu'elles donnent sommeil
Une montre connectée, c’est souvent un investissement qui peut largement dépasser le prix d’une montre classique, tout ça pour quelques menus avantages comme des notifications ou un capteur cardiaque. Si Apple, Motorola, Samsung ou encore LG proposent des produits qui ont déjà fait leurs preuves dans le domaine, il existe néanmoins des montres qui se veulent équivalentes, pour un prix ne dépassant pas la cinquantaine d’euros.

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Comparatif : quelle est la meilleure montre connectée ?

Une question s’est alors imposée à la rédaction : pourquoi ne pas acheter une montre connectée chinoise pour un prix cinq fois moindre, surtout si cette dernière promet d’en faire autant que les meilleures du marché ? Si cela paraît trop beau pour être vrai, il n’y avait qu’un seul moyen d’en avoir le coeur net : commander un échantillon de ces fameuses montres low cost et les tester directement !

En choisissant une des montres les mieux notées du site, on ne peut pas se tromper, n'est-ce pas ?En choisissant une des montres les mieux notées du site, on ne peut pas se tromper, n'est-ce pas ?

Quelques recherches sur Internet nous conduisent rapidement sur un site marchand de nombreux modèles de montres connectées à des prix variés, allant d’une vingtaine à un peu moins de 100 dollars. Nous en choisissons deux, qui nous semblent assez complètes tout en étant peu chères : la SmartWatch Phone P6, vendue 31 euros, et l’Oukitel A28, proposée à environ 52 euros. Elles sont toutes les deux annoncées comme compatibles avec iOS et Android, et sont toutes les deux très bien notées sur le site marchand ! Pour le quart du prix d’une Apple Watch, nous repartons donc avec deux montres connectées dont tout le monde semble dire du bien. Il ne nous reste plus qu’à guetter quotidiennement le courrier pour pouvoir enfin les tester.

Les deux montres arrivent après une petite dizaine de jours à la rédaction, dans des boîtes beiges on ne peut plus sobres. Ni une, ni deux, nous les sortons de cet emballage fade pour pouvoir les essayer au plus vite, et surtout constater leur design assez tape-à-l’oeil et un peu « cheap » par endroits… Mais qu’à cela ne tienne, allumons-les, et voyons ce que nous avons le plaisir (ou l’horreur) de découvrir à la première utilisation !


\"Avec cette montre connectée, vous n'aurez plus besoin d'un enfant"

En Chinois par défaut ?!

À peine allumée, une des deux montres nous réserve une mauvaise surprise. Certainement en mal de sa terre natale, la Smart Watch Phone P6 nous présente joyeusement un menu… tout en chinois. Si les icônes des différentes fonctions sont assez facilement reconnaissables, il est tout à fait impossible de naviguer dans les menus, et nous nous sommes donc retrouvés à tapoter au hasard sur les différentes options à l’écran en espérant tomber sur le menu nous permettant de passer le système dans une langue plus proche de la nôtre.


Après 20 minutes à naviguer dans un labyrinthe d’idéogrammes chinois, nous trouvons enfin un menu proposant de choisir entre 9 langues, dont l’anglais, l’arabe, le russe ou encore le français. De ce côté, l’Oukitel A28 propose un démarrage beaucoup plus souple. Consciente que plus de 5 milliards de personnes sur Terre ne maîtrisent pas le chinois, celle-ci s’allume sur un menu vous demandant de choisir votre langue. En revanche, aucune de ces deux montres n’a la présence d’esprit, lors du premier démarrage, de vous demander de régler l’heure, ni même de vous connecter à un appareil, nous allons donc nous atteler à ces tâches, a priori basiques.


Mais comment on règle l’heure ?

Une fois la P6 passée en français, il est heureusement beaucoup plus simple de s’y retrouver dans les menus. Nous filons donc dans les « réglages du téléphone », comme l’indique la montre, et trouvons vite la fonction dédiée au réglage de la date et de l’heure.


Quelques tapotements plus tard, nous appuyons sur le bouton qui nous renvoie au menu principal, pour découvrir avec stupeur que nos réglages n’ont pas été pris en compte. Retour dans le menu, nouveaux paramétrages, mais la montre ne veut toujours rien savoir. Une montre qui refuse de se mettre à l’heure, voilà quelque chose que nous n’avions encore jamais vu.


Il nous a fallu plusieurs minutes, à force de tâtonnement, pour comprendre qu’en réalité, une pression sur le bouton principal quitte le menu mais ne prend pas en compte vos modifications, elles sont au contraire annulées. En réalité, pour quitter le menu, il faut glisser de la gauche vers la droite, comme si on tournait une page, afin que les réglages soient pris en compte. Cette petite manipulation était bien donnée dans les vignettes explicatives affichées lors du premier démarrage, mais rappelez-vous : tout était en chinois !

Sur ce point, l’A28 fait encore preuve d’un peu plus de bon sens, en affichant directement des boutons « OK » et « Annuler » on ne peut plus clairs. Près d’une heure perdue pour allumer deux montres et les mettre à l’heure, mais nous perdons pas espoir : nous trouverons certainement de bons points à leur attribuer.

Des montres un peu trop multilingues

Nous pouvons donc commencer à nous promener dans les différents menus de nos deux montres connectées, et découvrir en détails ce qu’elles ont à proposer. Cette navigation serait presque agréable si elle n’était pas teintée de quelques menus défauts qui ont fait se lever les sourcils à la rédaction.


Car même après avoir effectivement passé les deux montres en français, nous avons constaté qu’il subsiste des résidus de langues étrangères çà et là dans les deux montres. Ainsi, le menu de la P6 présente plusieurs icônes dont les intitulés sont en anglais, voire un mélange de français et d’anglais, comme en témoigne le fameux « pédomètre », transfuge mutant du vocable anglo-saxon. l’Oukitel A28 propose même, dans ses réglages, un menu avec des phrases tronquées (impossible donc de savoir ce que l’on règle), suivies d’une option… en espagnol. Une traduction approximative de Google Translate nous apprendra qu’il s’agit de la fonction permettant d’allumer l’écran de la montre d’un mouvement de poignet, donc sans avoir à appuyer sur un bouton pour lire l’heure. Mais vous voilà prévenus : ne sortez pas sans votre dictionnaire pour vous éviter une mauvaise surprise.

Des montres connectées inconnectables ?

Par défaut, les deux montres sont capables de se connecter toutes seules à votre smartphone en Bluetooth. Le problème, c’est qu’en dehors de quelques fonctions de base (calculatrice, compter les pas, etc.), les interactions avec votre téléphone seront très limitées, voire inexistantes. Nous avons bien réussi à transférer notre liste de contact vers les deux appareils, mais sans plus : pas de transfert d’appels, pas de SMS, pas même de notification ! En réalité, un petit tour dans les montres nous permettra vite de comprendre qu’il faut disposer d’une application sur son téléphone pour se synchroniser avec les deux smartwatch.


L’App Store d’iOS et le Google Play Store d’Android en proposent plusieurs, mais chacune des deux montres a sa propre recommandation. Nous avons donc voulu en tester deux, recommandées par les montres et disponibles pour iOS et Android : BT Swatch et Mediatek SmartDevice. Passant outre le fait que les deux applications partagent une très forte (et étrange) ressemblance dans leur interface, nous lançons la recherche avec la première montre, la Smart Watch Phone P6 depuis notre iPhone.


Pas de chance, la montre connectée n’est pas reconnue, et ce par aucune des deux applications, alors même que celle-ci est déjà connectée en Bluetooth à notre téléphone et a accès à nos contacts, entre autres. plusieurs réinstallations et nouveaux appairages n’y changeront rien, les deux applications resteront aveugles et nous devrons donc nous contenter de notre P6 en mode « déconnecté ».

Nous avons eu un peu plus de succès avec l’Oukitel A28 qui, miracle, apparaît bel et bien dans la liste des périphériques reconnus par les applications. Un clic et la montre est connecté, nous pensons alors pouvoir commencer à utiliser pleinement notre montre bel et bien connectée… avant qu’elle se déconnecte, presque aussitôt. Sans raison apparente, la montre semble rejeter la connexion une fois établie, et aucune des deux applications n’apporte plus d’aide à ce sujet. Nous nous retrouvons donc avec une montre qui se connecte et se déconnecte sans arrêt du smartphone auquel elle doit être appairée, avec à chaque fois une vibration pour signaler un message d’erreur, rapidement insupportable lorsqu’elle survient toutes les dix secondes.

Pire encore : la montre passe alors dans un étrange « mode de sécurité », que nous n’avons pas réussi à désactiver… si ce n’est en rétablissant les réglages d’usine. Dans ce mode, il est tout simplement impossible de faire communiquer la montre en Bluetooth, et donc impossible de l’appairer avec un smartphone. Pour les deux montres, ce fut un échec, nous allons donc devoir continuer nos tests sans connecter nos montres connectées, un comble !

Smart Watch Phone P6 : une montre couteau suisse !

Si nous n’avons pas réussi à connecter la Smart Watch Phone P6 à notre smartphone, la montre propose toutefois une fonction assez intéressante pour contourner ce problème. En effet, le « Phone » de son nom n’est pas tout à fait un hasard, puisqu’il fait référence au fait que la montre… cache un véritable téléphone. Elle dispose d’un logement pour une carte SIM, ainsi qu’un emplacement pour une carte SD afin d’étendre la mémoire (très limitée, moins de 2 Mo) de la montre. Elle dispose ainsi de toutes les fonctions de téléphone ou de messagerie qu’on s’attendrait à retrouver sur un téléphone, le tout passant par un haut-parleur situé au-dessus de l’écran, ainsi qu’un micro sur le côté.


Et des fonctions originales comme celle-ci, la P6 en regorge, malgré son look de jouet pour enfant à gagner dans une fête foraine. on retrouve donc avec surprise une caméra, cachée dans une excroissance à droite de l’écran, et qui permettra de prendre des photos ou des vidéos directement de son poignet. En revanche, n’attendez pas une qualité exceptionnelle : si le tout fonctionne sans problème, les vidéos sont quelque peu saccadées, et les images sont d’assez mauvaise qualité, rappelant les premiers téléphones dotés d’appareils photo au début des années 2000. Du reste, puisqu’aucune application n’a accepté de se connecter à la montre, nous n’avons pu transférer aucune photo vers notre téléphone, ce qui réduit considérablement l’intérêt d’une telle fonction. On peut toujours se prendre pour James Bond au bureau.


Autre originalité marquante : la montre est livrée avec une paire d’écouteurs USB, qui se branchent directement sur le port de la P6. En effet, la montre ne dispose pas de prise casque standard, et fait donc passer le son par le port USB qui sert généralement à la recharger. Une aubaine, car les quelques casques Bluetooth que nous avons testé avec ont tous refusé de produire le moindre son. Une fois les écouteurs branchés, nous avons donc accès à un baladeur MP3, mais aussi à une radio FM, ce qui est pour le moins inattendu sur un appareil de ce type. Si la fonction est appréciable, on ne peut en revanche pas vraiment en dire autant du style assez particulier que procurent des écouteurs reliés à votre poignet.

Oukitel A28 : presque tout d’une grande

L’Oukitel A28 ne propose pas de fonctions aussi extravagantes que sa concurrente, mais s’en tient plutôt à des fonctions plus classiques pour une montre connectée, comme un capteur cardiaque. Fonction qui, au passage n’est pas disponible sur la P6, qui se concentre visiblement plus sur les fonctions d’espion du dimanche. Et ce capteur cardiaque de l’A28 semble fonctionner assez précisément, puisqu’il produit un résultat très proche de celui d’une Apple Watch pour la même mesure. Cela n’a l’air de rien, mais c’est presque surprenant de voir quelque chose fonctionner correctement après avoir rencontré tant de problèmes pour des choses aussi simples qu’une connexion Bluetooth ou le réglage de l’heure.

Autre bonne surprise, le podomètre de la montre se montre assez précis : la centaine de pas qui nous séparent de la cafétéria de l’open space ont été comptés assez précisément par l’A28, ce qui signifie qu’elle peut tout à fait être utilisée lors de ses virées sportives pour tenir compte de son rythme cardiaque comme de son nombre de pas. Difficile d’en dire autant de la P6 qui, si elle ne dispose pas de capteur cardiaque, n’a compté que 6 pas sur 100 lors de notre petite virée, et ce plusieurs fois de suite. Difficile de lui confier le suivi de notre activité physique.

L’Oukitel A28 pourrait donc sembler être une montre connectée acceptable pour 50 euros, mais ne manque pas de défauts. Par exemple, elle dispose d’une fonction permettant de vous rappeler de bouger un peu après une période d’inactivité, pour vous inciter à ne pas rester immobile et brûler des calories. Cette fonction se retrouve sur la plupart des montres et bracelets connectés, et se traduit généralement par une petite vibration au poignet afin de vous alerter. Dans le cas de l’A28, il n’en est rien : pour vous prévenir, la montre vibrera bien, et accompagnera l’alerte d’une musique suffisamment stridente pour faire sursauter tout le bureau. Un petit détour dans les réglages pour passer la montre en mode silencieux, et nous avons pu constater que l’alarme suivante… était accompagnée de la même musique stridente, qui refuse même de se couper tant que vous n’avez pas appuyé sur le bouton. C’est gênant, mais c’est déjà plus concluant que nos premiers tests, où les alarmes avaient tout simplement refusé de se déclencher malgré nos réglages.

On n'a pas pour 30 euros ce qu'on a pour 300

Les deux montres côte-à-côteLes deux montres côte-à-côte

La Smartwatch Phone P6 et l’Oukitel A28 nous auront réservé bien des surprises ! Si nous nous doutions que leurs prix, près de dix fois inférieurs à la moyenne du marché, allaient forcément refléter une différence de qualité, nous avons pu constater que tout n’est pas forcément à jeter.

La P6, pour commencer, a été à la hauteur de nos attentes, c’est-à-dire à éviter, disons-le tout net. Son design de jouet électronique tout droit sorti d’un mauvais film de science-fiction des années 90 ne trompe pas, et est à la hauteur de ses capacités très faibles. Si elle est assez mauvaise en tant que montre connectée, elle propose cependant des fonctions surprenantes (et qui fonctionnent, c’est déjà ça), comme une radio FM ou une caméra intégrée. Pour une trentaine d’euros, nous n’en attendions pas beaucoup mieux, mais pour ce prix, une bonne vieille Casio sera aussi satisfaisante dans bien des cas.

Quant à l’Oukitel A28, sans être tout à fait au niveau de ce qu’on pourrait vraiment attendre d’une montre connectée digne de ce nom, elle a tout de même quelques qualités à revendre. Elle peut par exemple accompagner les sportifs avec ses fonctions intégrées pour un prix bien inférieur à celui d’un bracelet connecté. Évidemment, face à une montre connectée digne de ce nom, la comparaison est difficilement tenable, principalement à cause des difficultés qu’on rencontre à la synchroniser avec un smartphone. Toujours est-il que pour une cinquantaine d’euros, et si vous pouvez baisser vos exigences au minimum, cette montre peut se trouver un usage à votre poignet.

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