Steve Jobs : la geek critique

Près de deux ans et demi après la sortie du long-métrage de Joshua Michael Stern avec Ashton Kutcher, un nouveau film dédié à la vie de Steve Jobs a de quoi surprendre. Mais ce dernier, qui met Danny Boyle aux manettes et Michael Fassbender dans les baskets de Jobs, a comme argument d’avoir été réalisé sur la base de la biographie officielle écrite par Walter Isaacson. Il devrait donc être plus fidèle à la réalité, c’est du moins ce qu’affirment les proches de Steve Jobs l’ayant vu, mais est-il un bon film pour autant ?

5 raisons d’aller voir (ou pas) Steve Jobs :

Le pitch : 1984, Steve Jobs est convaincu de pouvoir « changer le monde », alors qu’il s’apprête à dévoiler le Macintosh, l’ordinateur dont tout le monde parle à ce moment-là. Si tout semble réussir au jeune créateur d’Apple, la vie n’est pas aussi rose en coulisse : son entourage supporte de moins en moins sa personnalité égocentrique et condescendante, et il peine à garder ses amis très longtemps.

Oui : Parce que c’est un film sur Steve Jobs, pas sur Apple

Sans Apple, pas de Steve Jobs, on aurait donc pu craindre qu’un film dédié au créateur de la firme soit une vitrine pour l’entreprise, mais « Steve Jobs » s’en garde bien. S’il commence au moment de la présentation du Mac, en 1984, on comprend vite que l’histoire ne concernera presque pas Apple, mais plutôt les relations de Steve Jobs avec son entourage, et pour preuve : la période majoritairement traitée dans le film est celle où Steve Jobs est renvoyé d’Apple et décide de fonder NeXT. Son PDG, John Scully (Jeff Daniels), sa collègue Joanna Hoffman (Kate Winslet) qui joue ici un rôle d’assistante submergée, son ami Steve Wozniak (Seth Rogen) ou encore sa fille Lisa sont autant de personnages qui orbitent autour du créateur mégalomane pour lui donner du corps dans le film. L’interprétation de Michael Fassbender dans le rôle de Steve Jobs est d’ailleurs très convaincante, au point de retranscrire le caractère imprévisible et irascible du patron d’Apple.

Oui : Parce que le film n’est pas tendre avec Jobs

La biographie de Walter Isaacson sur Steve Jobs avait la particularité de montrer certains de ses plus mauvais côté, et le film ne se prive pas de reprendre ces détails pour les mettre à l’écran. C’est bien simple, il n’y a presque aucun personnage de tout le film avec lequel Steve Jobs n’entre pas dans une dispute à un moment ou à un autre. Il est assez intéressant de voir cette facette de la personnalité de Jobs retranscrite ainsi à l’écran, d’autant que cela manquait quelque peu au film de 2013, qui présentait un Jobs intéressant mais plutôt lisse. Dans cette dernière mouture, on a même le droit à une critique ouverte concernant ses décisions au sein d’Apple : dans la première scène, l’ingénieur Andy Hertzfeld doit ouvrir le Macintosh de présentation pour réparer un problème avant la conférence, mais ne peut pas le faire « parce qu’il faut des outils spéciaux », décision prise par Jobs pour éviter que n’importe qui puisse ouvrir ses appareils, et vivement critiquée depuis des décennies.

Oui : Parce que les personnages sont convaincants

Michael Fassbender campe un Steve Jobs assez convaincant, borné, colérique, égocentrique et condescendant qui correspond bien aux différentes descriptions que certains de ses proches, collègues et amis ont pu faire de lui. Kate Winslet est également remarquable dans le rôle de Joanna Hoffman, bien que cette dernière soit cantonnée dans le film à un rôle d’assistante, alors qu’elle est surtout connue pour avoir fait partie de l’équipe ayant travaillé sur le Macintosh, et pour avoir mené la campagne marketing autour du produit. Enfin, Jeff Daniels donne une vision intéressante de John Scully, PDG d’Apple de 1983 à 1993. Le tout donne un ensemble cohérent autour du personnage de Steve Jobs, et permet d’apprécier aussi bien le fondateur d’Apple que son entourage.

Non : Parce qu’il y a quelques longueurs

C’est Aaron Sorkin qui a été choisi pour le scénario de « Steve Jobs », et qui a donc pu apposer sa patte sur le film. Ainsi, comme dans The Social Network ou sa série The Newsroom, on profite de ses longues tirades et de dialogues qui s’étendent en longueur et qui, malgré une certaine intensité dans les moments clés, peuvent s’avérer un peu indigestes, voire carrément difficiles à suivre. La scène où nous découvrons le renvoi de Steve Jobs d’Apple alterne successivement entre le passé, en 1985, et le « présent », en 1990, alors que Jobs règle ses comptes avec Scully. Cette partie de ping-pong temporel où nous sommes obligés de suivre deux dialogues différents, à deux époques différentes, entre les deux mêmes personnages est assez éreintante, et n’apporte rien au film sinon une tentative ratée d’originalité.

Non : Parce que Fassbender n’a pas la tête de l’emploi

Nous l’avons dit, Michael Fassbender propose un jeu d’acteur très convaincant dans le rôle de Steve Jobs, mais histoire de chipoter un peu, on ne peut pas s’empêcher de remarquer qu’au niveau physique, ça ne colle pas. Dès les premières scènes, on remarque les épaules larges et les bras musclés de l’acteur, qui contrastent très clairement avec le physique de Steve Jobs en 1984, qui tient plus de celui du jeune trentenaire frêle que du physique bodybuildé de l’acteur hollywoodien. Ce petit détail d’apparence ne serait pas un gros problème si, deux ans avant, Ashton Kutcher n’avait pas abattu un travail remarquable pour ressembler autant que possible à son modèle, tant dans l’apparence que dans la posture et la démarche. Un mélange des deux films serait peut-être la meilleure solution.

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