Akhenaton : "les maisons de disques ne trouveront pas de solutions"

Tu lances le site Me Label sur lequel tu vas distribuer ta musique directement. Peux-tu nous en dire un peu plus ?
Je n’avais plus envie de rentrer dans un système normal de création de disques et de promotion de disques, à courir après les radios pour qu’elles passent ma musique. J’ai eu la corde au cou et le fouet pendant 20 ans. Quand il y a de bonnes relations avec le label, c’est cool. Maintenant je les trouve extrêmement tendus et trop portés sur les chiffres, on s’entend plus trop. Avec IAM on travaille sur un label, mais je fais partie d’un groupe de six personnes et les décisions se prennent en commun... Tout seul je suis très radical.

Que proposes ce site ?
Pour un abonnement au prix d’un album, 14,99 € par an, on a un titre original, enregistré mixé et masterisé par mois. On propose tout au format WAV. Le MP3 pourri, on le propose aussi pour celui qui aime ça. Mais la majorité des inscrits téléchargent en WAV. À fin de l’année, on obtient donc une douzaine de titres qui sont tous disponibles en multitrack.

En quoi consistent ces pistes multitrack ?
Chaque chanson est disponible en fichier de 12 pistes pour être mixée différemment. On a la possibilité d’exporter le résultat et un « basket mix sharing » ou les gens nous envoient tous leurs remixes. On a créé un logiciel qui était déjà présent dans mon album Sol Invictus en 2001. À l’époque j’avais reçu 3500 remixes. Je m’étais alors dit : le futur il est là. C'est pourquoi Me Label doit aussi être un espace pour des réinterprétations. Pour moi c’est l’avenir, on n’est pas dans une facebookerie, on n’est pas dans un forum où ça finit en insultes. Autant sur Internet il y a des bons trucs, autant c’est le royaume des branleurs.

Comment éviter ce genre d’échange sur Internet ?
Dans le « basket », les abonnés peuvent entrer en contact entre eux, autour de la musique. Nos forums ce sont des fans qui les administrent maintenant. Nous on ne s’occupe plus que du créatif, de la musique, de l’image. 

« Les maisons de disques ne trouveront pas de solutions »

Pourquoi cette envie de sortir du système des maisons de disques ?
On a une volonté d’ultra indépendance. Le système économique est très compliqué avec des points de rentabilité pour lesquels on se projette en années. On ne va pas pleurnicher sur la crise, à un moment donné si on attend que les maisons de disques trouvent des solutions, elles ne viendront pas. Elles s’en foutent. Universal c’est qui ? C’est SFR, Vivendi, c’est toutes les « Box Club Internet SFR », ils sont fournisseurs d’accès, ce qu’ils ne vendent pas en disque, ils le gagnent en abonnement internet. Alors, ils râlent à cause de la baisse des ventes de disques, mais la pyramide est faite de telle manière que l’argent remonte dans les mêmes mains. Dans nos discussions, de manière inquiétante, je les trouve très larguées.

Ce système "direct 2 fan" peut-être viable pour des artistes reconnus comme toi, mais est-il valable aussi pour les débutants ayant un nom à se faire ?
Pour les jeunes artistes, il faut créer une sorte de bouquet satellite, notre objectif est d’arriver à avoir des artistes sérieux qui font des trucs bien à qui on cède le droit d’utiliser la coquille vide Me Label. Ils le gèreront comme ils gèrent leur Facebook, après ça ne nous appartient plus.

Laisses-tu pour autant tomber le format physique ?
On ne laisse pas tomber le support, à partir de janvier on proposera un CD à la demande, avec plusieurs pochettes différentes, on le reçoit en 48 heures à la maison. Les abonnés peuvent graver leur CD à la fin de l’année, on le vendra à prix coutant. Ce qui est plus problématique c'est le vinyle. On doit fabriquer des matrices qui on un coût. Donc pour ce support, on attend de voir si économiquement on arrive à fabriquer 3 ou 4 matrices de vinyles très recherchés.

Tu parles d’indépendance, mais comment est financé le site ?
On est réellement indépendant, aucune banque n’est derrière nous, ni financier extérieur, tout est financé en fonds propres. C’est pour ça que les gens aimeraient que le développement aille beaucoup plus vite, mais on le fait à notre rythme. On se sent du coup très libre, on n’a pas la laisse autour du cou.

À quel niveau se situe la viabilité du système ?
Le seuil de rentabilité se trouve à 2000 abonnés, pour l’instant nous en avons 500 en trois mois et sans promo, c’est plutôt rassurant. Après, on sait qu’au début on a tous les fanatiques, ensuite c’est plus dur d’en recruter. Mais on a défini un modèle qui, si on est sérieux et si on respecte les gens, est viable.

Me Label, le nouveau projet d'Akhenaton

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8 commentaires
    Votre commentaire
  • Alrim
    Enfin quelqu'un qui propose une refonte de l'industrie musicale !

    Si le modèle s'étend, ce sera peut-être la fin de la taxe sur la copie privée (faut rêver aussi des fois ^^).
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  • SimR69
    Pourquoi en WAV ? Y'a des formats de compression audio sans perte qui sont très bien, comme le FLAC.
    Ou même avec perte, le AAC 256 offre une qualité bien meilleure que le MP3, que même une oreille très fine ne saurait pas distinguer d'un format sans perte.
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  • Anonyme
    @SimR69: pour le mix en DAW j'imagine... le FLAC n'est pas vraiment le standard, quant au AAC c'est déjà lossy... inimaginable pour produire une track digne de ce nom :)
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