Nouveau radar invisible : tout ce qu'il faut savoir sur le fantome MILLIA

MILLIA embarqué dans une Megane BreakMILLIA embarqué dans une Megane Break

Le 15 mars prochain, un nouveau radar sera mis en place par la Sécurité Routière. Remplaçant du modèle CERVA mis en service en 1994, le MILLIA a pour particularité d'être embarqué dans un véhicule et fonctionnel en mouvement. Avec cette nouvelle arme, le ministère de l'Intérieur entend bien endiguer la frénésie des accidents de la route en luttant contre les grands excès de vitesse.

Le radar invisible est entré en action

Qu'est-ce que le radar invisible ?


Ce nouveau type de radar sera difficilement détectable par l'automobiliste. Dissimulé dans la plaque avant d'un véhicule banalisé, il ne laissera apparaître que son flash infrarouge fondu dans la calandre qui n'émet aucune lumière.


Les automobilistes contrevenants seront flashés en doublant le véhicule radar et, sans même s'en apercevoir, seront verbalisés. De la même manière que pour les PV de stationnement, celui associé au MILLIA sera automatiquement envoyé au domicile du détenteur de la plaque d'immatriculation du véhicule contrôlé.

Comment le radar fantôme fonctionne-t-il ?



Les limitationsLes limitationsLe véhicule embarquant le radar respectera les limitations de vitesse. De facto, si un autre le double, il sera automatiquement en excès de vitesse.

Néanmoins, une marge d'erreur sera appliquée. Elle correspondra à 10 km/h pour une vitesse inférieure à 100 km/h et de 10% à partir de 100 km/h. Cette "marge technique", comme la nomme la Sécurité Routière, est deux fois supérieure à celle des autres radars qui se limitent à 5 km/h ou 5% en fonction de la vitesse relevée.

Au final, l'automobiliste ne sera pas verbalisé s'il circule à moins de 61 km/h en ville, 102 km/h sur nationale, 124 km/h sur voie rapide et 146 km/h sur autoroute. Pour flasher celui qui le dépasse, le radar doit observer un angle de 20° vers la gauche pour le saisir lors de la phase de dépassement. Si l'automobiliste dépasse par la droite, sur autoroute, par exemple, le radar est pris à défaut.

Si un chauffard se présente à vive allure, on apprend sur le site du constructeur du MILLIA, Gatsometer, qu'il ne fonctionne pas au-delà de 250 km/h. Ainsi, une grosse cylindrée aura vite fait de le laisser sur place sur autoroute. Il ne restera alors plus aux fonctionnaires qu'à prévenir des forces plus en amont.

Précisons enfin que le nouveau radar pourra fonctionner autant en déplacement que stationné. Pour cela, le véhicule banalisé devra être placé dans le sens de la route avec au moins 50 mètres de dégagement devant lui. Dans cette configuration, il ne peut pas contrôler plus de quatre voies.

Comment sera-t-il déployé ?



Installation de MILLIAInstallation de MILLIAHomologué le 18 mars dernier par le Laboratoire National d’Essais et de métrologie (LNE), le MILLIA est actuellement en phase de test dans 18 départements : "Paris, la Somme, l'Oise, le Loiret, l'Ille-et-Vilaine (2 dispositifs), les Bouches-du-Rhône (2 dispositifs), la Haute-Garonne, le Rhône, le Nord, la Moselle, la Loire-Atlantique, la Gironde, le Calvados, les Pyrénées Orientales, le Vaucluse, le Loir-et-Cher, les Alpes maritimes et l'Essonne".

Aucun véhicule ne peut être verbalisé pour le moment. Le festival des PV débutera par contre le 15 mars 2013. À cette date, les 20 véhicules déployés (des Megane Break, dans un premier temps) seront en mesure de procéder à des contrôles réels. D'ici trois ans, on devrait en trouver 300 sur les routes de France, avec une moyenne de 100 supplémentaires par an.

Les dispositifs croiseront dans les endroits fortement accidentogènes, "principalement sur les portions de route où sont relevées des vitesses excessives." Les itinéraires seront décidés par les forces de gendarmerie et de police qui les utiliseront conjointement en uniformes.

Dans un second temps, le MILLIA pourrait être en mesure de "flasher" les véhicules qu'il croisera. Cela n'est encore qu'une supposition, le radar n'ayant pas encore son homologation pour ce type de contrôle. La Sécurité Routière assure pour sa part qu'il l'obtiendra dès l'été prochain.

Quelles sont les options du contrevenant ?



En cas de constatation d'excès de vitesse, le radar enregistre les informations de l'infraction comme l'heure, la commune sur laquelle elle a été relevée, l'axe ou encore le sens de circulation du véhicule. Ces données sont envoyées à Rennes, au Centre national de traitement.

Le détenteur de la plaque d'immatriculation reçoit alors le PV directement dans sa boîte aux lettres quelques jours plus tard. Maître Jean-Baptiste le Dall, avocat au barreau de Paris et vice-président de l'Automobile Club des Avocats, explique que trois options s'offrent alors à la personne concernée.

- soit elle reconnait les faits, paye l'amende et sera soumise à un retrait de points.
- soit elle peut désigner un coupable.
- enfin, elle peut également contester, arguant qu'elle n'était pas au volant.

Dans ce dernier cas, l'affaire passe alors en justice. Jusqu'en 2015 c'est le juge de proximité qui est en charge de ce type de dossiers. Le radar prenant une photo de l'arrière du véhicule, il est impossible de reconnaître le conducteur, jusqu'à ce que le radar soit homologué pour contrôler les véhicules qu'il croise. Aussi, "la preuve de culpabilité ne peut être prouvée", précise Maître le Dall.

L'affaire est "hors du cadre pénal et n'entraîne pas de retrait de points. Néanmoins, une amende est applicable. Étant donné que le dossier est en justice, les barèmes du Code de la Route ne s'y appliquent plus. De fait, elle est donc fixée par le juge. Son montant peut être plus élevé que la normale", conclut Maître le Dall.

Peut-on être flashé à plusieurs reprises sur un même trajet ?


Le flash est infrarougeLe flash est infrarougeMême dans le cas où une personne double le véhicule radar en excès de vitesse, s'arrête, puis le redouble plus loin, toujours à vive allure, aucune largesse ne sera accordée. "Oui, il est possible d'être flashé plusieurs fois sur par le même dispositif, sans intervalle d'impunité", nous a confirmé la Sécurité Routière.

Lorsqu'un automobiliste commet une exaction près de l'auto banalisée, il peut être arrêté. "C'est un véhicule de contrôle, mais il embarque un gyrophare et peut intervenir en cas d'urgence", explique la Sécurité Routière.

Que se passe-t-il lorsque l’automobiliste poursuit sa route après une exaction contrôlée par le MILLIA ? Rien ne lui indique qu’il a été flashé puisque le radar utilise un flash infrarouge. Un fonctionnaire de police nous a répondu que, pour lui, "il s'agit d'une affaire de bon sens. Dans un tel cas, les policiers ou gendarmes préviendraient des collègues postés plus en avant afin de procéder à l'interpellation du chauffard."

A moins que les équipes de police de gendarmerie n’arrêtent tous les contrevenants, au final, "on a une belle photo de l'arrière du véhicule, mais on n'empêche pas l'éventuel accident", déclare Pierre Chasseray, Délégué Général de l'association 40 millions d'automobilistes.La Sécurité Routière, de son côté, n’a pas souhaité donner suite à cette question.

Prévention ou répression ?

"Si l'on pourchasse les criminels de la route, personne ne sera contre. Cependant, si c'est pour piéger Monsieur Toutlemonde, alors là il n'y aura pas d'acceptabilité", appuie Pierre Chasseray, de l'association 40 millions d'automobilistes.

Pour la Sécurité Routière comme pour la Police, c'est une politique de prévention qui est appliquée. Les usagers ne connaissant pas les endroits de contrôle, "ce dispositif aura donc un rôle préventif pour [les] inciter à respecter les limitations de vitesse sur la totalité de leur trajet."

Pour autant, rien n'indique à ces usagers qu'ils vont être contrôlés. Le véhicule est banalisé, le radar est dissimulé et le flash n'émet aucune lumière. Selon Maître le Dall l'absence de flash visible est de mise pour assurer une totale "discrétion et ne pas avertir les autres automobilistes de la présence d'un radar mobile."Une théorie qui est appuyée par le fonctionnaire de Police qui a répondu à nos questions. À demi-mot, il n'a pas renié le principe de répression du radar MILLIA.

Dès lors, on se retrouve dans une situation assez paradoxale. "D'un côté, on lutte contre la vitesse avec le MILLIA, de l'autre on remet les panneaux annonciateurs de radars fixes", s’offusque Maître le Dall.En effet, le 1er mars dernier la Sécurité Routière annonçait le retour progressif de ces panneaux sur les routes de France.

La vitesse est-elle la priorité en termes de sécurité routière ?


"L'alcool est la première cause de mortalité sur les routes, il est responsable d'un accident mortel sur trois", martèle la Sécurité Routière.

Cet avis est totalement partagé par Pierre Chasseray, Délégué Général de 40 millions d'automobilistes. "Les pouvoirs publics combattent la vitesse alors que l'alcool reste la première cause d'accidents de la route."

Lancé sous la présidence de Nicolas Sarkozy le projet de loi obligeant la présence de deux éthylotests dans l’habitacle a, de plus, été abandonné mi-février par décision du Ministère de l’Intérieur. Encore une incohérence de discours que dénonce Maître le Dall. "Les éthylotests passent à la trappe alors que l'alcool est le principal fléau de la route."

Le vice-président de l'Automobile Club des Avocats ajoute que les 300 prochains radars mobiles mobiliseront chacun "deux fonctionnaires qui durant ce temps ne pourront pas procéder à des contrôles d'alcoolémie. De plus, chaque radar coûte 70 000 euros, à cela il faut ajouter le coût d'entretien du véhicule et le carburant, un budget qui pourrait être alloué à la lutte contre l'alcool au volant", achève-t-il.

Interrogée sur ce point, la Sécurité Routière a expliqué qu'il fallait lutter contre la vitesse, défendant bec et ongle la pertinence du radar MILLIA.

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9 commentaires
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  • eagle81
    Juste pour information la voiture présentée en photo est une mégane et non une laguna....
    Faut il en déduire que ce sera des méganes et non des lagunas quien seront équipées???
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  • lapz
    eagle81Juste pour information la voiture présentée en photo est une mégane et non une laguna....Faut il en déduire que ce sera des méganes et non des lagunas quien seront équipées???


    Désolé pour cette erreur. Oui, il s'agit bien d'une Megane break. Le MILLIA sera bien embarqué dans ce véhicule.
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  • yanngen
    Et si le flic roule a 120 au lieu de 130 sur une autoroute, on sera flashé à 130 ?
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