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BlackBerry : une légende en 15 actes

Image 1 : BlackBerry : une légende en 15 actes

BlackBerry au pied du mur

Après de nombreuses heures de gloire, le BlackBerry fait la grimace. Apple et son iOS d’un côté, Google et Android de l’autre, la marque canadienne est prise en tenaille. Et c’est sans compter Windows Phone. Les rumeurs de rachat vont bon train sur Internet. On parle de Google, de Microsoft, de Nokia ou encore d’Amazon. Une chose est sûre, la période faste est passée. Désormais, on se rappelle plus volontiers du passé de la marque canadienne.

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Mike Lazaridis

L’histoire du BlackBerry passe par l’évocation de son créateur, Mike Lazaridis. Désigné comme le « Bill Gates canadien », ce jeune quinquagénaire est passionné d’électronique depuis sa tendre enfance. Adolescent, il est suivi par un de ses professeurs qui lui dit alors : « Ne soyez pas trop séduits par les ordinateurs, parce que c’est de la combinaison du sans-fil et des ordinateurs que va déboucher quelque chose de spécial. » Une véritable prédiction que Lazaridis mettra en oeuvre avec le BlackBerry.

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A l’origine, un pager

Le premier BlackBerry voit le jour en 1996. Ce n’est alors qu’un pager, qui embarque une version bidirectionnelle du Mobitex, un système permettant d’envoyer des courriels et de notifications. Il n’est cependant commercialisé qu’en 1997. « Le marché n’était pas prêt », raconte Mike Lazaridis. Un an plus tard, « l’email était enfin perçu comme un outil de productivité ». Cet appareil est l’[email protected] Pager, plus connu sous le nom de RIM 900. En 1998, RIM répète l’opération avec son RIM 950. Pas plus gros qu’un savon, il est envoyé aux têtes pensantes des 200 entreprises les plus importantes des États-Unis. Tous passent commande pour leurs collaborateurs. La première année de commercialisation du RIM 950, la société canadienne en écoula 50 000 unités.

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CrackBerry

C’est un véritable phénomène qui s’empare alors du milieu professionnel. Les traders de Wall Street apprennent l’existence de cet objet qui permet de recevoir ses emails n’importe où et s’empressent d’en acquérir. Même les stars comme Madonna et David Beckham sont séduites. Le million d’utilisateurs n’est atteint qu’après cinq ans de commercialisation. Néanmoins, c’est une véritable révolution du smartphone qui s’opère. On le nomme alors CrackBerry à cause de la dépendance qu’il provoque chez ses utilisateurs. S’il faisait gagner 47 minutes de productivité par jour il y a encore quelques années, il était aussi responsable de lésions des pouces.  Des spas s’étaient alors mis à proposer des soins pour des tendinites des pouces, seuls doigts utilisés pour la saisie sur le clavier des appareils de RIM.

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BES/BIS

C’est au début du siècle que Research In Motion met en place sa solution BlackBerry Entreprise Server (BES) afin de permettre une parfaite imbrication de ses terminaux avec Microsoft Exchange. Une autre sera intégrée plus tard. Nommée BIS, pour BlackBerry Internet Server, elle est destinée aux petites entreprises et aux opérateurs mobiles pour que les particuliers accèdent aux push mail (réception en temps réel). Cette option restera d’ailleurs longtemps payante chez les opérateurs. Depuis quelques années, elle est comprise dans la majorité des forfaits, les offres incluant une connexion aux données. Pour l’anecdote, HTC, Nokia, Qtek, Samsung, Siemens et Sony Ericsson ont eu des smartphones compatibles avec les serveurs BlackBerry, suite à des contrats passés avec la firme canadienne.

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Origine du nom

Les premiers appareils étaient vendus sous le nom « RIM », initiales de Research In Motion. Il faudra attendre le développement du BES pour que l’entreprise canadienne adopte le nom « BlackBerry ». Ce dernier est le fruit du travail de Lexicon Branding, une société spécialisée dans la création de marques. Ce sont les touches du clavier qui l’ont inspirée. Elles lui faisaient penser à une mûre, qui se dit « berry » en anglais. Le nom « StrawBerry » (fraise) a tout d’abord été proposé, mais RIM le jugeait trop mou. La seconde proposition fut la bonne : « BlackBerry ».

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Premier téléphone

Le BlackBerry n’a pas toujours été un téléphone. Originellement, ce n’était qu’un Pager qui permettait de recevoir ses courriels. Il faudra attendre 2001 et le 5810 pour pouvoir téléphoner avec un BlackBerry. D’apparence, il est très approchant du 857 RIM Wireless Handheld sorti un an auparavant. Il permet de téléphoner sur les réseaux GSM et GPRS, mais nécessite l’utilisation d’un casque pour profiter de cette fonction. Pour bénéficier d’une téléphonie intégrée, il fallait se tourner vers la série 6000 sortie peu après.

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Ecran couleurs

Les premières séries 5000 et 6000 disposaient d’écran monochrome affichant une définition de 160 x 160 pixels au maximum. Ce n’est qu’à partir de la série 7000 que RIM introduisit la couleur dans ses smartphones. Le 7210 inaugure ce nouvel écran en 240 x 160 pixels. Son rétroéclairage est électroluminescent, ce qui détériore la qualité de l’image. RIM attendit le 7290 pour changer ce rétroéclairage et passer aux LED. Ce modèle est d’ailleurs le seul de la série 7000 à disposer de 32 Mo de mémoire (contre 16 Mo pour les autres) et le premier BlackBerry Bluetooth et quadribandes (850/900/1800/1900 MHz en GSM et GPRS).

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Evolution de la molette

Les BlackBerry n’utilisent pas de touches fléchées. Jusqu’à la série 7000, c’est une molette située sur le côté droit du smartphone qui sert d’outil de navigation. Grâce à elle, l’utilisateur navigue en simplement verticalement et sélectionne en la pressant. Pour développer les possibilités du BlackBerry, RIM troque cette molette contre une bille multidirectionnelle avec la série 8000. Si les BlackBerry 8800 sont appréciés par les consommateurs, le trackball ne fait pas l’unanimité. En cause, sa fragilité. Dans de nombreux cas, le cerclage qui entoure la bille se fend et laisse filer le précieux pointeur. Dès lors, le BlackBerry devient inutilisable, son trackball étant essentiel à la navigation dans les menus. Ce problème a été récurrent jusqu’à la sortie des Bold 9000 et Curve 8900, derniers à posséder un trackball. RIM l’a ensuite troqué contre un trackpad, petit pavé tactile optique. Avec lui, pas d’encrassement ni de cassure. Il est d’ailleurs toujours utilisé sur les derniers modèles que sont les Bold 9790 ou Curve 9360.

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SureType

Reconnu pour ses mobiles à clavier complet AZERTY, RIM a aussi un autre mode de saisie bien à lui : le SureType. Cette technologie de saisie prédictive est concurrente du T9. Néanmoins, contrairement à celui-ci, il n’utilise que deux lettres par touche et non trois. Grâce à cette différence, le SureType est beaucoup plus précis que le T9. Ajoutons que le clavier SureType utilise le même agencement AZERTY que ceux des autres BlackBerry. L’utilisateur n’a plus qu’à reprendre les habitudes qu’il a avec son ordinateur au lieu de s’évertuer à taper un message sur un clavier ordonné alphabétiquement. Bien entendu, en réduisant le clavier, le mobile a perdu en taille et gagne en popularité. Si les premiers BlackBerry à être équipés en SureType sont la série 7000, il faut attendre la série 8000 et le Pearl pour que le grand public s’intéresse à la marque canadienne de manière significative. En 2005, et en partie grâce au Pearl 8100, on compte 4 millions d’utilisateurs de BlackBerry dans le monde. Un an plus tard, on compte un million d’utilisateurs supplémentaires.

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BlackBerry Messenger

En 2006, Research In Motion lance BlackBerry Messenger. Cette messagerie instantanée est exclusivement réservée aux utilisateurs de BlackBerry. Pour y ajouter un contact, il faut entrer son code PIN, celui qui identifie le téléphone parmi tous les autres BlackBerry. Plus tard, on pourra utiliser un QRcode. Le protocole utilisé passe par la connexion aux données. Tous les messages transitent de la même manière que les courriels, à savoir par les serveurs BlackBerry. À l’instar d’un MSN Messenger, BBM permet d’envoyer des photos, liens, musiques ou documents. Cette application instantanée et cryptée a rapidement séduit les adolescents qui ont délaissé les SMS à son profit. En août 2011, lors des émeutes londoniennes, BBM a joué un rôle-clé dans l’organisation des rassemblements. Gratuit, il fait du BlackBerry, le téléphone préféré des jeunes anglais à 37%, selon une étude d’Ofcom.

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Storm, l’essai tactile

En juin 2007, l’iPhone d’Apple est disponible. Ce n’est encore qu’un mobile parmi les autres. Ce n’est qu’un an plus tard avec sa génération 3G qu’il conquiert le public. RIM réagit rapidement avec le Storm, son premier smartphone à écran tactile cliquable de 3,25 pouces. Cet ajout de la part de RIM n’est pas une bonne affaire. Les contours de l’écran s’encrassent rapidement. L’écran se met alors à coller lorsqu’il est pressé. Ajoutons que l’ergonomie du système d’exploitation n’a pas été revue pour l’occasion. Pour couronner le tout, il est lent et pas du tout taillé pour la navigation Internet. En 2009, une seconde version sort. Elle gagne une connexion Wi-fi, double la mémoire interne, mais ne s’occupe pas du défaut de l’écran ni du processeur. Fin 2011, RIM s’est risqué à lancer un nouveau BlackBerry tout tactile : le Torch 9860. Avec ce modèle, RIM s’est calqué sur les mobiles tactiles actuels. Point d’écran cliquable, un processeur cadencé à 1,2 GHz et une diagonale de 3,7 pouces. Il aura fallu patienter trois ans pour obtenir un BlackBerry tactile de bonne facture.

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AppWorld, 40 000 apps

Avec l’ampleur du phénomène iPhone et de son AppStore, RIM réagit une seconde fois en lançant son propre magasin d’applications en 2009 et le nomme AppWorld. Contrairement à l’AppStore, il y a peu d’applications : 40 000 contre 600 000 pour l’AppStore. De plus, nombreuses sont payantes. Les gratuites sont souvent de piètre qualité comparée à ce que l’on peut avoir sur Android ou iOS.

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Des formes originales

Si l’on reconnaît le BlackBerry par sa forme barre, il n’en a pas toujours été ainsi. Le Pearl Flip en est un très bon exemple. Ce modèle est à clapet. Et pourtant, il supporte toutes les fonctionnalités du BlackBerry grâce à son clavier SureType. Plutôt réservé au marché américain friand de ce type de format, il a fait un émule, le Style 9670, disponible outre-Atlantique. La forme des Torch est aussi peu commune à BlackBerry. Coulissant, il affiche un écran tactile sous lequel est renfermé un clavier complet AZERTY. Avec ce modèle, RIM donne une double possibilité d’utilisation idéale pour le consommateur. Ajoutons qu’avec le Torch, c’est aussi BlackBerry OS qui est passé en version 6.0, laquelle améliore sensiblement les fonctions multimédias.

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BlackBerry PlayBook

Tout comme pour l’iPhone, RIM n’a pas tardé à répondre à Apple après la sortie de l’iPad. La PlayBook affiche une diagonale plus réduite que celle de sa concurrente, à savoir du 7 pouces. Elle est critiquée à sa sortie à cause de ses fonctions limitées. En effet, les courriels, l’agenda ainsi que les contacts ne sont disponibles que lorsqu’elle est utilisée avec un smartphone BlackBerry. RIM a mis en place le Bridge, un système sans fil permettant de faire communiquer la tablette BlackBerry avec un smartphone de la marque. Toutes les informations restent stockées sur le smartphone, la tablette n’est qu’un écran. Heureusement, elle a depuis été mise à jour pour pouvoir être utilisée indépendamment d’un terminal RIM.

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BlackBerry Gate


En octobre 2011, un serveur BlackBerry basé à Londres tombe en panne. « Un commutateur de secours aurait dû prendre le relais, mais n’a pas fonctionné », avait expliqué le directeur technique de RIM. A partir de là, le réseau BlackBerry a subi un goulet d’étranglement et  ce sont des millions d’utilisateurs qui se sont retrouvés sans Internet mobile durant plusieurs jours. Alors que la société canadienne ne vit pas une période faste et que son indice boursier perd régulièrement de la vitesse, un tel incident mondial l’a grièvement blessé. Depuis, les rumeurs s’intensifient sur le rachat éventuel de Research In Motion. Amazon, Facebook, Microsoft, Nokia, ils sont nombreux à être affichés sur la liste des potentiels acheteurs. En février 2012, le gouvernement américain a ouvert le marché à de nouveaux concurrents sur le terrain de la sécurité nationale.