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Coronavirus : faut-il infecter 100 jeunes pour valider plus rapidement un vaccin ?

Des chercheurs proposent de passer outre les protocoles de validation traditionnels en vérifiant l’efficacité d’un vaccin sur des volontaires exposés au SARS-CoV-2. Une méthode efficace qui comporterait des risques limités au regard du bénéfice commun.

Alors que le nombre de contaminés au SARS-CoV-2 explose aux États-Unis et en Europe, la communauté scientifique est divisée sur les méthodes et les moyens à mettre en œuvre pour sauver le plus de vies possible. Si tous s’accordent à dire qu’un confinement strict permet d’éviter l’effondrement des systèmes de santé, l’urgence de la situation pousse certains d’entre eux à remettre en cause les protocoles de validation d’un traitement. Une discorde qui s’étend bien au-delà du milieu médical et qui agite désormais la sphère publique, notamment les réseaux sociaux.

Image 1 : Coronavirus : faut-il infecter 100 jeunes pour valider plus rapidement un vaccin ?
Crédit : Sara Kurfeß

En France l’étude du professeur Didier Raoult concernant la prétendue efficacité de la chloroquine a largement animé les débats. Ses détracteurs lui reprochent de ne pas remplir une condition indispensable à sa validation, à savoir l’éprouver avec un nombre suffisant de patients. En réaction, le ministre de la Santé a lancé une expérimentation à plus grande échelle dont les résultats ne devraient plus tarder. Une sage décision, puisqu’une semaine plus tard, une nouvelle étude chinoise remet en cause l’efficacité du médicament, et ce, avec un échantillon de personnes tout aussi réduit.

Une partie du corps médical estime que la vaccination constitue la seule réponse efficace contre la pandémie de Covid-19. En un temps record, plusieurs équipes de chercheurs sont parvenues à mettre au point un vaccin potentiel. Certaines d’entre elles ont même commencé la première phase d’essai clinique sur l’Homme, tout en précisant qu’il faudrait attendre 12 à 18 mois avant d’obtenir des résultats concluants. Pas assez rapide selon Nir Eyal qui propose une solution plus expéditive qui ne manquera pas de susciter la polémique. Le directeur du Centre de bioéthique de l’université Rutgers du New Jersey propose en effet d’inoculer le vaccin sur 100 volontaires, et de les exposer au virus pour vérifier son efficacité.

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Dans une interview donnée au journal scientifique Nature, Nir Eyal explique ses motivations et comment conduire cette étude. Habituellement, la dernière phase d’essai clinique d’un vaccin est particulièrement longue puisqu’elle consiste à inoculer un vaccin ou un placebo à un grand nombre de personnes, et d’attendre suffisamment longtemps pour enfin comparer les taux d’infection entre les deux populations. Un protocole qui peut donc s’étaler sur une longue période avant de fournir des résultats significatifs, notamment si l’on met tout en œuvre pour éviter la contamination comme en période de confinement.

Il suggère donc d’appliquer le même protocole sur 100 volontaires, et de gagner du temps en les exposant directement au virus. Une méthode qui n’est pas sans risque, d’autant plus que certains candidats auront reçu un placebo. Selon Nir Eyal, ils peuvent être limités avec un échantillon de personnes plutôt jeunes et en bonne santé, et un suivi médical régulier pour réagir rapidement au besoin. Il estime même que ce mode opératoire pourrait se révéler moins dangereux que d’attendre une infection probable.

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En ce qui concerne l’éthique, Eyal déclare que l’exposition volontaire au virus est comparable aux risques que prennent régulièrement certaines personnes, notamment dans les services médicaux d’urgence. Il souligne également l’urgence de la situation, et considère que ses propositions constituent un équilibre raisonnable entre les risques encourus et le bénéfice commun. Un point de vue qui ne sera sans doute pas partagé par tous ses confrères, et une partie de l’opinion publique.

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Source : Nature