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Jean-Michel, 43 ans, tué par son smartphone

Image 1 : Jean-Michel, 43 ans, tué par son smartphone

Have you met Jean-Michel ?

Destin cruel que celui de Jean-Michel Troigé. Mari aimant, père bienveillant, chargé de clientèle ambitieux et, malheureusement pour lui, épris de nouvelles technologies. Son histoire est celle de milliers d’autres passionnés de smartphones à la différence près que cet homme d’à peine 43 ans a payé de sa vie sa folie des gadgets.

Sa vie, justement, elle bascule le 14 décembre dernier. Au centre commercial Velizy 2 précisément. C’est ce jour que Jean-Michel change de téléphone, troquant son énième mobile tactile contre la dernière folie du moment : une phablette ! Ce jour-là, sans le savoir, Jean-Michel signe son arrêt de mort. Car dès la sortie du magasin, la descente aux enfers commence.

Après sa femme et ses deux enfants, le téléphone de Jean-Michel c’était « toute sa vie » comme il l’aimait à le rappeler. Indispensable au travail, pratique le reste du temps, en un mot : essentiel. Dès lors, il n’est pas étonnant que le technophile succombe à l’un de ces smartphones surdimensionnés à mi-chemin entre le téléphone et la tablette.

Sa femme, Brigitte, se souvient de ce qui n’était alors qu’un des nombreux coups de cœur de son défunt mari. « La première fois qu’il a vu un Galaxy Note, il a décidé qu’il s’offrirait une phablette ». Il ne savait pas alors que cette folie des grands écrans aurait pour épilogue le plus cruel des destins.

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Nouveau téléphone, nouvelle vie

Plusieurs semaines durant, Jean-Michel ne se doute pas que son changement de téléphone a des répercussions immédiates sur sa vie. Et ce ne sont pas les premières douleurs musculaires qui lui mettront la puce à l’oreille. Pas plus que lorsqu’il change progressivement sa garde robe pour des vêtements plus amples. Baggys, joggings et autres sweats à grandes poches remplacent les costumes habituels. Sans le savoir, Jean-Michel fait de la place dans sa vie… pour sa phablette.

Bientôt c’est la Renault Megane familiale qui fait les frais de sa passion pour son mobile. Remplacée par un monospace à coup de crédits à la consommation. « Il n’y en avait plus que pour son grand téléphone », raconte Brigitte, amère. « Lorsqu’il pleuvait, il se couvrait la tête avec son téléphone, même chose la nuit, lorsque j’avais le malheur de m’accaparer la couette ».

Mais l’ex-femme se souvient également des bons moments : « à la manif contre le mariage gay, on s’est cachés derrière le téléphone pour échapper aux gaz lacrymos des CRS, c’était bien pratique ! ».

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Un hamster emporté par une phablette

Les accidents de smartphones ne sont pas rares, et c’est bien la raison pour laquelle certains opérateurs et revendeurs de ces téléphones proposent des assurances. C’est que vous ne voudriez pas utiliser un téléphone à l’écran cassé ou ayant un problème de batterie. Mais il existe des accidents qu’aucune assurance ne peut couvrir, et la famille de Jean-Michel en a fait la terrible expérience.

Nous sommes samedi soir, et comme souvent, Jean-Michel est sur sa phablette. Il consulte les dernières nouvelles avant d’aller se coucher, lit ses messages, et fait sa dernière partie d’Angry Birds. Mais ce soir-là, un événement inhabituel va se produire. Encore peu habitué au poids de sa phablette, Jean-Michel va tenter un mouvement périlleux en essayant de déposer celle-ci d’une seule main sur la table basse au centre du salon. N’ayant pas anticipé l’inertie, il n’arrivera pas à empêcher la chute de sa phablette, qui s’écrase alors lourdement sur le sol, dans un fracas qui réveillera même les enfants.

Après quelques secondes d’hésitation, il reprend l’appareil en main pour constater, satisfait, qu’il n’a rien. Mais en le soulevant, il découvre également l’horrible vérité : les restes de Carottin, le petit hamster familial, qui a eu le malheur de se trouver sous la phablette au moment de sa chute. « Tout est allé très vite », raconte Brigitte, dont la voix tremblote encore à l’évocation de ce tragique événement. « Il n’a pas réussi à éviter l’accident, ça a été un choc pour les enfants. On a dû leur raconter que Carottin est parti dans la ferme des animaux, avec leur chien, leur cochon d’Inde, et les trois précédents hamsters ».

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Une rupture sociale et professionnelle

Alors que les smartphones, de nos jours, sont souvent considérés comme des outils favorisant nos liens sociaux, la phablette de Jean-Michel va plutôt créer le vide autour de lui, et cela à son insu. À son travail, pour commencer : « on ne le voyait plus du tout. On pensait qu’il était malade, mais lorsqu’on appelait chez lui, sa femme nous disait qu’il était bien parti travailler », raconte un de ses collègues de travail. « Ce n’est que trop tard qu’on a compris que ce grand mur qui avait été installé à son bureau, c’était en réalité Jean-Michel, derrière son téléphone… »

Les amis de Jean-Michel Troigé lui ont également tourné le dos peu à peu. D’abord, c’étaient les moqueries : « j’avais un N-Gage quand j’étais plus jeune, et pourtant je peux vous dire que je n’ai jamais vu ça », nous explique Thierry, un de ses anciens amis. Et progressivement, cet ami est devenu un étranger : « Il nous faisait rire avec sa phablette, on aimait bien le chambrer, mais au bout d’un moment c’était plus possible de sortir avec lui. Vous comprenez, tout le monde nous regardait bizarrement, ça nous mettait mal à l’aise, et ça a ruiné toutes mes chances avec Magalie de la compta ! Un jour, alors qu’il essayait de faire passer sa phablette par la porte d’entrée du restaurant, on s’est réunis pour lui expliquer qu’on ne pouvait plus être vus avec lui. »

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Des conséquences physiologiques insoupçonnées

Les premiers signes physiques d’une utilisation prolongée de sa phablette se sont manifestés assez vite. Sur son visage, pour commencer, puisque son oreille s’est progressivement écrasée pour mieux épouser les courbes plates de l’appareil. Mais ce léger détail cosmétique ne l’a que peu interpellé au départ, ce n’est que trop tard qu’il comprendra.

Peu à peu, son bras droit s’est progressivement transformé afin de supporter le poids de l’appareil, avant de devenir surdimensionné, lui donnant un physique à faire pâlir Rafael Nadal de jalousie. Au bout de ce même bras, sa main a également dû s’adapter aux dimensions hors normes de sa phablette, s’élargissant pour offrir une meilleure préhension de l’appareil, tandis que son autre main ne présentait plus aucune empreinte digitale, fatiguée de se promener sur la trop large surface du téléphone.

Mais les symptômes les plus graves sont arrivés encore après, et c’est le fait de voir son reflet dans son téléphone qui mettra la puce à l’oreille écrasée de Jean-Michel : sa nuque, elle aussi fatiguée par des heures à supporter un tel volume, s’est lentement déformée et présentait maintenant une excroissance. Cette fois, le doute n’était plus permis : Jean-Michel ne devenait pas un loup-garou, comme il le pensait au départ, mais était bien victime de sa phablette.

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Un kinésithérapeute qui pose les bonnes questions

La dégradation de l’état de santé de Jean-Michel, les médecins l’expliquent facilement. Tous remettent en cause la taille et le poids de son téléphone. Porté chaque jour à l’oreille comme un bagnard porterait son boulet, il aurait fini par user l’organisme du défunt technophile.

Son kinésithérapeute notamment qui ne mâche pas ses mots : « J’ai vu M. Troigé huit fois au cours de ces quatre derniers mois, et malgré mes multiples manipulations son état n’a cessé de s’aggraver. Les légères douleurs musculaires ont progressivement entrainé des contractures des muscles scalènes, une malocclusion dentaire et même une hernie discale L5 S1 imputable au mouvement que le bras effectue lorsqu’il va de la poche du pantalon à l’oreille opposée. Je suis formel aucun de ces troubles ne serait arrivé avec un téléphone classique ».

Le médecin légiste qui a déterminé la cause du décès de Jean-Michel Troigé abonde dans ce sens. Le Docteur Grégory Maison a d’abord cru à une mauvaise blague : une rupture des cervicales spontanée, dans le milieu, c’est un meurtre parfaitement déguisé. Or dans le cas de M. Troigé les preuves sont irréfutables : c’est son téléphone qui a causé sa mort. « La victime était au téléphone au moment des faits, c’est en tentant de libérer ses mains et de maintenir son téléphone entre son cou et son épaule que la fracture des vertèbres cervicales a eu lieu » explique le légiste.

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La fête à la maison, c’est fini

Si la vie sociale de Jean-Michel a évidemment été fortement modifiée par l’acquisition de cette phablette, c’est surtout sa vie familiale qui en a subi les conséquences. « On voyait plus souvent sa phablette que son visage », explique sa femme Brigitte, impuissante. Jean-Michel passe en effet de plus en plus de temps sur son nouveau téléphone, et ne se rend pas compte que sa famille ne le voit plus, littéralement plus, puisque l’encombrant appareil empêchait toute communication visuelle entre lui et le reste du monde. Il faut préciser que Jean-Michel aimait à se servir de sa phablette pour toutes sortes d’activités, parfois bien éloignées du téléphone : comme journal, comme pare-soleil, comme miroir pour se raser et même comme table à manger.

« Le plus gros choc, ce qui a provoqué le premier déclic, je crois que c’était le jour de Noël », raconte Brigitte. « Les enfants venaient d’avoir leurs cadeaux, je les regardais s’amuser pendant que Jean-Michel consultait les actualités sur son téléphone. C’est à ce moment-là qu’ils ont levé la tête pour me demander “maman, il est où papa ?” Vous vous rendez compte ? Il était juste là, mais sa phablette empêchait les enfants de remarquer sa présence ! »

C’est quelques semaines plus tard, lorsqu’elle a enfin pu apercevoir le visage de son mari, qu’elle a décidé de le quitter. « Je ne sais pas qui a abaissé son téléphone pour me répondre ce jour-là, mais je suis sure que ce n’était pas Jean-Michel. Enfin, pas tout à fait le même, je voyais bien qu’il restait un peu de Jean-Michel en lui, mais c’est quand il m’a demandé “chérie, tu sais où j’ai rangé mon chargeur ?” que j’ai compris que tout espoir était perdu. »

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Le monde médical se méfie des phablettes

Si les malheurs de monsieur Troigé sont rendus publics aujourd’hui c’est évidemment pour prévenir tout risque de contagion. Le cabinet de la ministre de la santé n’a d’ailleurs pas tardé à se saisir de l’affaire, Marisol Touraine ordonnant qu’une enquête soit menée afin d’éviter une éventuelle crise sanitaire.

Marie-Madeleine Proust, physiologiste diplômée de l’Université des sciences de Genève, n’attend pas le rapport d’enquête officiel pour tirer la sonnette d’alarme. Pour la scientifique auteure du best seller « Un jour nous pisserons tous debout », l’usage des phablettes devrait être interdit tout simplement.

« L’usage intensif de téléphones surdimensionnés conduira à terme à une évolution du corps humain. La préhension de manière générale, la motricité fine, et même l’éminence mentonnière s’en retrouvent profondément modifiées. Prenez pour exemple les frères Bogdanov qui utilisent des smartphones à grand écran depuis plusieurs années. Leur morphologie est la conséquence directe de nombreuses heures passées au téléphone. En un mot, si vous souhaitez ressembler à un Bogdanov, utilisez une phablette », conclut-elle.