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Un professeur « pourrit le Web » et piège ses élèves

Image 1 : Un professeur "pourrit le Web" et piège ses élèvesLe sonnet choisi par le professeur

Quand un professeur de lettres classiques en a marre de voir ses élèves recopier bêtement les fiches Wikipédia pour alimenter leurs dissertations, il décide d’agir et de « pourrir le Web ». C’est ce qu’explique Loys dans un billet sur son blog la Vie moderne. Enseignant dans un lycée parisien, il a décidé de prendre ses élèves à leur propre jeu.

Pour cela, il choisit un poème baroque du XVIIe siècle écrit Charles de Vion d’Alibray, « introuvable ou presque sur le Web ». Il crée ensuite un compte sur Wikipédia pour devenir contributeur et modifie la fiche consacrée à l’auteur en y glissant cette note inventée : « son amour célèbre et malheureux pour Mademoiselle de Beaunais donne à sa poésie, à partir de 1636, une tournure plus lyrique et plus sombre ».

Il se fait ensuite passer pour un élève et poste sur plusieurs forums des questions relatives au texte. Il campe ensuite un personnage d’érudit qui va répondre à toutes ces questions, mais de manière entièrement fantaisiste, notamment en évoquant une « interprétation christique tirée par les cheveux ». Puis il rédige un commentaire du poème, « le plus lamentable possible, avec toutes les erreurs imaginables pour un élève de première, et même quelques fautes d’orthographe discrètes ». Il va le poster sur deux sites qui vendent des commentaires et des dissertations toutes faites (Oodoc.com et Oboulo.com). Les deux sites l’ont validé et l’ont mis en vente pour 3,50 €. Ne lui reste plus qu’à poster un peu partout sur le Web, des liens vers ces pages (Wikipédia, forums et sites de corrigés) pour en améliorer le référencement. 

Les trois quarts des élèves sont tombés dans le piège

Puis à la rentrée, le professeur demande à ses élèves un travail sur ce texte en leur précisant bien de fournir un travail tout à fait personnel. Le résultat est édifiant : sur ses 65 élèves, 51 « ont recopié à des degrés divers ce qu’ils trouvaient sur internet, sans recouper ou vérifier les informations ou réfléchir un tant soit peu aux éléments d’analyses trouvés, croyaient-ils, au hasard du Net ». En expliquant ensuite son subterfuge à ses élèves, le professeur a assisté à « quelques instants de stupeur et d’incompréhension », puis « ils ont ri et applaudi de bon cœur », « mais ils ont ensuite rougi quand j’ai rendu les copies en les commentant individuellement ».

L’enseignant est en tout cas plutôt fier de cette manipulation qui lui a permis de remplir sa mission de sensibilisation aux NTIC (Nouvelles technologies de l’information et de la communication), une discipline qui manque encore beaucoup dans les établissements. Et d’ajouter cette conclusion paradoxale : « on ne profite vraiment du numérique que quand on a formé son esprit sans lui ».