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Greffe d’un cœur de porc sur un humain réussie : pourquoi cet animal est-il un bon donneur ?

Un cinquantenaire américain atteint d’une maladie cardiaque a reçu le cœur d’un porc. Mais pourquoi cet animal est-il privilégié pour les transplantations ? Éclairage avec un chirurgien.

Image 1 : Greffe d'un cœur de porc sur un humain réussie : pourquoi cet animal est-il un bon donneur ?
La greffe d’un cœur de porc a été un succès – Crédit : University of Maryland School of Medicine

C’est une grande première qui pourrait révolutionner sensiblement la médecine de demain et plus particulièrement la xénogreffe. Ce terme barbare désigne une transplantation où la personne qui subit la greffe provient d’une espèce animale différente de celle du donneur. En l’occurrence, David Bennett, 57 ans, souffrait d’une maladie cardiaque qui risquait à terme de le tuer. Mourant, il était en outre inéligible pour une transplantation cardiaque classique. Par conséquent, il a accepté de se faire greffer le cœur d’un porc.

L’opération s’est déroulée sans accroc vendredi dernier aux États-Unis. Dans le détail, les chirurgiens de l’école de médecine de l’université du Maryland lui ont greffé un cœur de porc ayant subi une modification génétique. Un moyen notamment d’éliminer l’apparition d’un sucre qui aurait provoqué le rejet instantané du cœur. Il est toutefois possible que le corps du patient finisse par rejeter l’organe porcin. Des infections ou d’éventuelles complications peuvent en outre survenir par la suite. Par conséquent, le patient reste sous étroite surveillance jusqu’à nouvel ordre.

Pour rappel, les tentatives antérieures s’étaient soldées par un échec, le corps des patients ayant rapidement rejeté l’organe animal. C’était notamment le cas en 1984, lorsque le nourrisson mourant Stephanie Fae Beauclair (connu sous le nom de Baby Fae) avait reçu le cœur d’un babouin. Elle avait alors pu vivre pendant 21 jours avant de décéder.

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Xénogreffe : ce qui rend les porcs éligibles

Mais pourquoi le porc est-il un animal particulièrement adapté à ce type de transplantation ? Joint par Tom’s Guide, le Dr Guihaire, chirurgien cardiaque spécialiste en transplantation, a accepté d’éclairer notre lanterne : « C’est une espèce animale dont l’anatomie du cœur est très proche – pour ne pas dire similaire – à celle de l’homme. Deuxième raison, la fonction cardiaque est également très proche de celle d’un cœur humain. Il va fonctionner de la même façon avec une fréquence, une contractilité, un systole, une diastole et générer un débit cardiaque comme un cœur humain ».

Pour résumer, le cœur porcin « est composé de la même façon, a la même structure et produit les mêmes effets », précise le spécialiste. Qui plus est, il s’adapte idéalement au gabarit humain « en termes de congruence et de taille même si tout dépend évidemment du gabarit du porc. Plus il est petit, plus son cœur sera petit, comme un être humain d’ailleurs. Le cœur d’un porc de 50 kilos sera par exemple compatible avec un humain pesant entre 40 et 60 kilos », souligne le chirurgien cardiaque.

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Xénogreffe : pourquoi les porcs sont privilégiés par rapport au primates

D’aucuns avancent toutefois que les primates (comme les grands singes) seraient plus adaptés à ce type d’opération, ayant une anatomie cardiaque et une physiologie du cœur qui est identique à la nôtre. Or, nombre de ces animaux appartiennent à des espèces protégées risquant de s’éteindre. Ce qui rend leur exploitation éminemment problématique. « On ne peut pas imaginer ‘faire de la production’ d’espèces de primates à large échelle en vue de les sacrifier pour prélever seulement des organes destinés à la greffe », précise notre interlocuteur.

De leur côté, les porcs sont consommés quotidiennement, étant au cœur de l’industrie agroalimentaire. Les exploiter pour des transplantations est ainsi bien mieux perçu sur le plan éthique. D’autant que leur utilisation est déjà effective dans le milieu médical. « En chirurgie cardiaque, on utilise quotidiennement des prothèses de valves et certaines catégories sont d’origine porcine », nous explique le Dr Guihaire.

Source : université du Maryland