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Passée aux rayons X, la tombe du cruel Prince Noir révèle ses secrets

Des analyses à rayons X de la tombe du Prince Noir ont fait tomber des idées reçues sur l’Angleterre médiévale du quatorzième siècle.

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La tombe du Prince Noir dans la Cathédrale de Canterbury (Crédits image : Josep Renalias/CC BY-SA 2.5)

C’est dans la cathédrale de Canterbury, au Royaume-Uni, que l’on peut découvrir la tombe du Prince Noir, de son vrai nom Edward de Woodstock, fils aîné du roi Édouard III et héritier présomptif du trône. Une analyse poussée de son effigie en métal ouvragée peu après sa mort a démontré que l’Angleterre médiévale était plus sophistiquée qu’on le croyait.

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Le Prince Noir, un noble anglais cruel qui a ravagé la France pendant la Guerre de Cent Ans

Le Prince Noir est un nom de légende qui fait frissonner tous les Français depuis la guerre de Cent Ans. Vrai prince à l’origine, il était présent sur les plus grandes batailles du long conflit qui a opposé au Moyen-Âge le trône de France et celui d’Angleterre. Redoutable sur le champ de bataille, il pilla l’Aquitaine et remporta la bataille de Poitiers en 1356, durant laquelle il captura le roi Jean II de France.

Ce palmarès lui vaut d’être particulièrement pleuré par les Anglais à sa mort, en dépit de sa réputation de cruauté. C’est cette carrière sanglante qui lui a donné son surnom de Prince Noir, puisqu’il n’a jamais porté d’armure de cette couleur, comme le veut la croyance populaire. Edward de Woodstock meurt en 1376, et son surnom perdurera jusqu’à aujourd’hui, en passant par les pièces de Shakespeare, où il est cité dans Henry V, écrit vers 1599.

Une tombe surmontée d’une effigie en cuivre très ouvragée est construite après sa mort, et c’est celle-ci qu’on peut aujourd’hui admirer à Canterbury. « Il s’agit d’une figure tout à fait unique et novatrice », indique la médieviste Jessica Barker dans son étude publiée dans The Burlington Magazine. L’effigie du Prince Noir est en effet un témoignage rare de l’excellence d’alors en matière de ferronnerie et de construction d’armure. « Ce n’est pas une simple armure sur l’effigie, c’est son armure, reproduite à l’identique » sur une figure en cuivre, souligne Barker.

La tombe du Prince Noir a offert beaucoup d’indices sur la technologie de fabrication d’armures au Moyen-Âge

Pour la première fois depuis sa construction il y a 600 ans, le tombeau a pu être analysé par des historiens grâce à des techniques de sondage à rayons X et d’échographie issues de l’imagerie médicale. Le matériel de détection et d’imagerie devient en effet sans cesse de plus en plus sophistiqué, si bien qu’on a pu récemment cartographier une ancienne cité romaine en intégralité sans faire de fouilles. À Canterbury, les chercheurs du Courtauld Institute of Art ont ainsi daté le métal et même filmé l’intérieur de l’effigie avec une caméra endoscopique. Première surprise, le tombeau n’a pas été construit à la mort du Prince Noir, comme on le croyait mais une dizaine d’années plus tard, sur ordre du roi Richard II.

« En examinant de près l’effigie, nous avons découvert beaucoup plus de choses sur la façon dont l’effigie du Prince Noir a été moulée, assemblée et finie », explique Jessica Barker dans son étude. Elle a également publié sur Twitter les photos de l’examen « acrobatique » de la tombe, qui a nécessité d’installer des échafaudages spéciaux.

La finesse des détails sur la figure, comme les rivets et les épingles sur l’armure, ont donné aux chercheurs de précieuses informations inédites sur la façon dont étaient montées les armures à l’époque, à la façon d’un puzzle. La sophistication de l’armure du Prince Noir, reconstituée à l’identique sur son effigie en cuivre, prouve ainsi que la période médiévale anglaise était beaucoup plus sophistiquée sur le plan technologique qu’on ne le croyait jusqu’alors.

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Source : Ars Technica