Notation des cosmétiques : pourquoi les applications donnent des résultats différents ?

Des applis mobiles gratuites passent dorénavant au peigne fin les produits cosmétiques. Objectif ? Identifier la dangerosité potentielle sur notre santé, de nos gels douches, shampoings et même dentifrices. Quelle est la fiabilité des résultats ? Pourquoi une telle différence de note d’une appli à l’autre ?

Le smartphone est devenu la nouvelle arme du consommateur soucieux de sa santé. Ce dernier scanne le code-barres des produits afin d’analyser leurs niveaux de qualité, voire de dangerosité grâce aux applications mobiles qui font flores en la matière. Tout a débuté dans les rayons alimentaires alors que la méfiance était de mise face aux scandales à répétition en matière de produits transformés de l’industrie agro-alimentaire. 

Yuka a fait des petits

Yuka avec ses quelque 4,5 millions d’utilisateurs est la plus célèbre d’entre elles. Depuis ce été, l’application a étendu son système de notation aux cosmétiques. Mais c’est loin d’être la seule ; d’autres applications mobiles gratuites étaient déjà disponibles à l’instar de Inci Beauty, lancé fin 2017 ou QuelCosmetic au printemps dernier par l’association UFC-QueChoisir. Ces trois applications s’affirment indépendantes de l’industrie de l’hygiène et de la beauté pour délivrer une notation objective à l’utilisateur. 

Pourtant, les notations générales d’un même produit peuvent largement différer selon l’application utilisée. A titre d’exemple, nous avons comparé les notes d’un produit, le déodorant spray à la vanille 24h de Ushuaia par Inci Beauty, Yuka et QuelCosmetic. Ce déodorant est noté 11,7/20 chez INCI Beauty avec une vignette vert claire signifiant satisfaisant. De son côté, Yuka note ce déodorant 79/100 (soit 15,8/20) et le juge excellent en mettant en valeur en commentaire positif sur l’absence de sels d’aluminium nocifs. QuelCosmetic le classe aussi en vert pour les trois types de catégories d’utilisateurs répertoriés pour chaque produit par cette application, (enfants et femmes enceintes, adolescents, adultes) tout en précisant néanmoins la présence d’allergènes. Difficile dans ces conditions de s’y retrouver… 

Inci, une base d’analyse commune aux applis  

Pourtant, toutes les applications établissent leur notation à partir de la même base de données, à savoir l’INCI, (International Nomenclature Cosmetics Ingredients). Mise en place en 1999, cette liste répertorie de façon normée tous les ingrédients dans un produit cosmétique et présentés par ordre décroissant selon la part de chacun d’entre eux dans la composition. Depuis 2013, les industries ont obligation en Europe d’afficher sur le packaging de leurs produits cosmétiques cette liste normée… mais qui reste obscure pour le consommateur lambda. 

Les produits cosmétiques étant soumis à un contrôle strict avant leur mise en vente, on n’y trouve plus d’ingrédients interdits. En revanche, certains ingrédients sont dits « réglementés », donc soumis à une limitation en termes de concentration au sein de la composition et ce, sans compter les composants autorisés mais suscitant l’interrogation de la communauté scientifique. Ces derniers sont donc définis par la plupart des applis comme « à risque »  ou « controversés » en se basant sur l’état de la science à l’instant T. Enfin, la composition de certains produits cosmétiques peut comporter des allergènes, des composants irritants quand il ne s’agit pas de perturbateurs endocriniens voire  des composants suspectés d’être cancérigènes à terme.

Les algorithmes des applis effectuent leur calcul à partir de la liste de composants INCI en définissant pour chaque ingrédient une couleur (pour Inci Beauty et Yuka) ou une note (pour QuelCosmetic). Le tout alimente une évaluation générale après avoir été associé à une « surcouche » de notation propre à chaque application. Ainsi, l’utilisation du produit dans son contexte à commencer par un produit non rincé mais aussi issu d’un process pétrochimique impacte les notations de Inci Beauty , par exemple. Cette dernière prend en compte les effets sur l’environnement d’un produit, estimant les effets indirects à terme sur l’humain. A contrario, l’appli QuelCosmetic note avant tout l’impact direct sur la santé de l’utilisateur à commencer par la présence de perturbateurs endocriniens. 

Yuka, pour sa part, affiche automatiquement une mauvaise note générale dès la présence dans la composition d’un ingrédient « rouge », donc classé à risque. La question des allergènes prête aussi  à des différences de notation. Exemple, le styrène est classé en vert donc satisfaisant chez QuelCosmetic tandis qu’il est en orange chez Inci Beauty.

La marge d’erreur réduite des contributions des utilisateurs 

Autre question sur la fiabilité de ces applis, les erreurs potentielles de tels outils, souvent présentés comme collaboratifs. Dans les faits, la participation d’un utilisateur est limitée à l’envoi  de la photo de la liste des ingrédients, affichée sur le packaging d’un produit si ce dernier n’est pas répertorié dans la base de l’application. Le visuel sera vérifié avant d’être mouliné dans le système de calcul. Le risque est donc limité.

Ces applications gratuites brandissent leur indépendance vis-à-vis des industriels mais de quoi vivent-elles ? Inci Beauty s’appuie sur la publicité de sa page d’accueil, générée par le système de publicité contextuelle, de Google. Dans ce cas précis, les responsables d’Inci Beauty n’ont de contact direct avec l’annonceur. Mais pour l’heure, la rentabilité n’est pas au rendez-vous. Yuka mise sur les contributions de ses utilisateurs mais surtout sur des fonctionnalités payantes en cours de développement, à commencer par son programme de nutrition. L’appli QuelCosmetic est quant à elle, financée par le fond de dotation de l’association UFC-Que choisir.

Au final, si notre préférence s’oriente vers Inci Beauty pour son ergonomie et ses critères de notations plus exigeants en matière d’impact environnemental, l’existence de toutes ces applis a le mérite de proposer une interprétation pédagogique quant à la potentielle dangerosité ou pas des produits dans nos salles de bains…. Et de nous inciter à une nécessaire prise de conscience de nos choix de consommation et ses impacts sur notre santé.