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En Ukraine, la guerre devient semi-virtuelle, le drone y est roi

Les drones font maintenant partie intégrante du monde militaire autant que civil. Ils jouent en ce moment même un rôle décisif dans le conflit en Ukraine. Aussi, la technologie de plus en plus accessible atténue les différences entre le civil et le militaire. Et certaines entreprises privées se trouvent engagées dans le conflit, parfois malgré elles. Et nous aussi.

Les Ukrainiens vont-ils stopper l’armée russe grâce aux drones ? La réponse est bien entendu difficile. D’un côté comme de l’autre, la désinformation va bon train et il est souvent impossible de vérifier les affirmations des deux camps.

Ce dont nous sommes sûrs, c’est que l’armée russe n’est pas parvenue à effectuer sa prise éclair de Kiev. Au sol, les combats sont décrits comme un mélange de guerres de tranchées mélangées à des actions mobiles de petites escouades.

Le ministre de la défense Britannique décrit même sur Twitter l’armée russe comme étant  » au point mort « dans l’essentiel de ses initiatives (22 mars). La bataille pour le ciel apparaît plus que jamais décisive.

Représentation artistique d'une attaque de drone - Crédits : Wikimedia
Représentation artistique d’une attaque de drone – Crédits : Wikimedia

D’un côté, tous les experts sont surpris des annonces ukrainiennes se félicitant de nombreuses attaques réussies de leurs drones Bayraktar TB2. L’engin serait réputé comme relativement facile à abattre pour une armée bien équipée technologiquement telle que l’armée russe. Cette réussite est très vite devenue dans le pays un symbole de la résistance exceptionnelle Ukrainienne, jusqu’à le mettre en exergue dans une chanson populaire. De l’autre côté, il semblerait que les défenses aériennes ukrainiennes soient toujours en place, ne laissant pas le champ libre que l’armée de Poutine pouvait espérer.

Un rôle majeur joué par les drones ou des troupes russes sous-motivées ?

Il semble donc très probable que la Russie ait sous-estimé les capacités de défenses et d’attaque aérienne de l’Ukraine, et que leur stratégie se soit retrouvée désamorcée en partie et surtout désorganisée. De plus en plus d’experts s’interrogent sur le rôle que jouent les drones dans ce conflit. Il se pourrait qu’il soit bien plus important qu’on n’aurait pu l’attendre. On parle même d’une unité de geeks de l’armée Ukrainienne, l’Arorosvidka, qui créerait d’énormes dégâts chez les russes.

La surprise est telle que certains soupçonnent un manque de motivation dans les troupes russes. En tout cas, une chose est sûre, quelque chose n’a pas fonctionné de leur coté.

Les différends types de drones utilisés pendant le conflit en Ukraine

Drone Punisher (offensif, utilisation Ukraine)

Le drone Punisher Made In Ukraine - Crédits : Wikimedia
Le drone Punisher Made In Ukraine – Crédits : Wikimedia

Construit par la société ukrainienne UA Dynamics. Il est réutilisable et réputé rapide. Les spécifications de l’entreprise indiquent que le Punisher peut transporter des charges explosives de 2 kg.

Selon des responsables d’UA Dynamics, le Punisher a effectué au moins 60 missions réussies contre les forces armées russes. Il est également intéressant de noter que les trois quarts des employés de l’entreprise sont des vétérans ayant une expérience des opérations spéciales.

D’après le constructeur, ces drones sont utiles pour transpercer les boucliers aériens et atteindre des cibles précises. Ils peuvent notamment ouvrir la voie en mettant hors d’usage des batteries anti-aériennes.

Drone Spectre  (reconnaissance, utilisation Ukraine)

Image 1 : En Ukraine, la guerre devient semi-virtuelle, le drone y est roi
Top secret – Crédits : Pixabay

Nous savons que peu de choses à propos de ce drone, sinon qu’il est utilisé en éclaireur, souvent pour préparer le terrain des TB2 Turques. Il se doit d’être léger, bien équipé pour l’observation et capable d’une autonomie étendue.

Drone turc TB2 Bayraktars (offensif, utilisation Ukraine)

Le drone turque Bayraktar - Crédits : Wikimedia
Le drone turque Bayraktar – Crédits : Wikimedia

C’est un véhicule aérien sans pilote de taille moyenne pouvant transporter des missiles antichars. Il vole bas et n’est pas taillé pour la vitesse. Pour ces raisons, il est vulnérable face à des défenses anti-aériennes modernes comme celles possédées par l’armée russe. L’armée ukrainienne possède entre 6 et 20 de ces drones (suivant les sources) et prévoit d’en construire 20 de plus avec la Turquie qui tente pourtant de garder une position neutre dans ce conflit. L’Armée Russe affirme en avoir déjà abattu 4.

Drone américain ‘Kamikaze’ Switchblade (offensif, utilisation Ukraine)

Le drone switchablade en lancement - Crédits : Wikimedia
Le drone switchablade en lancement – Crédits : Wikimedia

Le Switchblade est un drone à usage unique qui est assez petit pour tenir dans un sac à dos, navigue à environ 100 km/h et transporte des caméras, des systèmes de guidage et des explosifs pour plonger dans sa cible. Le Switchblade peut également se désengager ou abandonner une mission à tout moment, puis se réengager sur une autre cible en fonction des commandes de l’opérateur.

Si ce drone offensif n’a pas encore été utilisé sur le terrain en Ukraine, les États-Unis sont en train d’en envoyer une centaine en ce moment même. Deux modèles peuvent prendre part au conflit, le modèle 300 qui est destiné à être utilisé contre de petites cibles comme le personnel, tandis que le 600 peut être utilisé contre des véhicules blindés. Ces drones n’opèrent pas seuls et nécessitent l’intervention préalable d’un drone de reconnaissance pour localiser les cibles.

Drones chinois : DJI (utilisation Ukraine & Russie)

La nation chinoise se présente comme neutre dans ce conflit. Il n’y a aucune rumeur circulante concernant un quelconque matériel militaire chinois qui serait impliqué dans ce conflit.

Le drone DJI Mavic Pro - Crédits : Pixabay
Le drone DJI Mavic Pro – Crédits : Pixabay

Néanmoins, les drones DJI, fabriqué par une entreprise civile chinoise, ont des performances remarquables mises à profit par les deux camps. Nous savons au travers des plaintes du dirigeant Ukrainien que la Russie utilise ces drones dans le guidage de certains de ses missiles. Quant à l’Ukraine, les utilisations sont variées.

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D’un côté, certains civils y accrochent des cocktails Molotov, voir des grenades pour mener des attaques isolées. Comme nous l’avons vu précédemment, les drones TB2 Bayraktars nécessitent l’intervention de drones de reconnaissance. Il est probable que les drones DJI soient utilisés pour ce type d’interventions. D’après le site Forbes, le PDG de l’entreprise se retrouve actuellement dans une position compliqué.

Drone de combat Orion (reconnaissance et offensif, utilisation Russie)

En plus des drones DJI, la Russie a déjà accès à du matériel de haute performance, contrairement à l’Ukraine. Mais très peu d’informations filtrent quant à leur utilisation. Au point où de nombreux experts se demandent où ils ont bien pu passer.

Le drone russe Orion - Crédits : Wikimedia
Le drone russe Orion – Crédits : Wikimedia

Utilisé d’après les officiels russes durant le conflit de Crimée, ce drone a la faculté d’attaquer d’autres appareils en vol, comme d’autres drones. Cet engin téléguidé de moyenne altitude, peut être utilisé également pour la reconnaissance et lancer des missiles au sol. D’après le site Wionews, ce drone pourrait « changer la donne ».

Drone Forpost-R (reconnaissance et offensif, utilisation Russie)

Le drone Forpost-R - Crédits : Wikimedia
Le drone Forpost-R – Crédits : Wikimedia

Dérivé du drone israélien Searcher II, mais fabriqué en Russie, il peut être déployé aussi bien pour des missions d’attaque que de reconnaissance. Après qu’Israël ait stoppé ses ventes en Russie sous pression américaine en 2016, les Russes les ont réutilisés pour créer leur propre version. C’est le 11 mars que le déploiement de ce drone a été remarqué pour la première fois en Ukraine.

Une de ces versions améliorées a une autonomie maximale de 18 heures, une masse au décollage de 500 kg et une autonomie maximale d’environ 400 km. D’un drone utilisé essentiellement pour la reconnaissance, les Russes en ont fait un drone offensif pouvant, comme le TB2 Bayraktars Turque, s’attaquer à des véhicules blindés. De plus amples détails sont disponible sur le site Military Factory.

Des drones de poche pour la Russie

La plupart des drones militaires russes sont des modèles relativement petits et légers ; et certains sont même conçus pour être lancés à la main. Les drones qui constituent l’essentiel de la flotte russe (Granat 1, Granat 2, Eleron-3, modèles Zala, Orlan-10, Takhion et Zastava) sont suffisamment petits pour disparaître à partir d’une certaine altitude. Très peu d’informations ont pu être collectées quant à leur utilisation éventuelle durant ce conflit.

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Civils et société privées s’engagent aux côtés de l’Ukraine

Dans ce conflit, l’Ukraine est le seul belligérant à bénéficier du soutien civil. Celui-ci vient en premier lieu de l’intérieur de ses propres frontières. Leur sol est attaqué, et les Ukrainiens sont en majorité derrière leur président.

Le mélange des civils avec les militaires engagés du côté ukrainien rend les choses difficiles pour les offensives Russes. Ce risque croissant de tuer des civils, est délicat en termes de politique internationale, mais aussi interne. Car si Internet a été censuré en Russie, il reste très facile pour la population russe d’outrepasser ces limitations avec un simple VPN.

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Les entreprises privées, comme Starlink, viennent en aide à l’Ukraine

Beaucoup d’individus, mais aussi beaucoup d’entreprises s’engagent en faveur du camp Ukrainien qui possède la légitimité du sol.

Parmi elles, il y a l’exemple de Starlink. Aux dires du New York Post, la compagnie d’Elon Musk semble à voir un rôle prédominant dans le conflit. Les satellites de Starlink permettent une connectivité hors-sol. Ainsi, toute tentative russe de déconnecter L’Ukraine est vouée à l’échec tant qu’ils ne s’attaquent pas directement à l’installation en orbite. Mais l’espace est international. Une offensive sur ces installations introduirait la guerre dans un domaine inédit, extrêmement dangereux pour tous.

Vue de l'espace du lancement d'un satellite Starlink - Crédits : Wikimedia
Vue de l’espace du lancement d’un satellite Starlink – Crédits : Wikimedia

Ainsi, l’accès au réseau Starlink permet à l’Ukraine de maintenir ses communications militaires et civiles. Et notamment d’orchestrer ses attaques de drones, impossible sans connexion et géolocalisation. La Russie ne peut en dire autant et reste dépendante de ses propres installations, prétendument moins efficientes et plus vulnérables quand elles sont au sol.

Si Elon Musk semble parfois infantiliser le conflit, cette intervention matérielle par le biais de Starlink s’avère porter secours à l’Ukraine.

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Face aux drones ukrainiens, la Russie s’adapte

Actuellement, l’armée russe ne recule pas. La mise en œuvre récente du drone tactique Forpost-R est le signe d’une adaptation du côté russe. D’un autre côté, la Russie n’a pas autant besoin que l’Ukraine des drones. Son armée possède suffisamment de missiles pouvant atteindre les cibles ukrainiennes. Dernièrement, ils ont même fait leur première utilisation en combat d’un missile hypersonique.

Vers la guerre « semi-virtuelle », une guerre désincarnée

Plus la technologie évolue, plus elle introduit de la distance par le biais de la virtualité. Nos smartphones et autres appareils connectés en sont la forme la plus répandue. Communications, réseaux sociaux, services à distance. Plus le monde avance, plus de la réalité s’introduit dans le virtuel, plus le monde avance et plus le virtuel s’introduit dans la réalité. La ligne est confuse et en constante progression. Il en est de même pour la guerre.

Soldat s’entraînant à un dispositif militaire de guidage par AR  - Crédits : Wikimedia
Soldat s’entraînant à un dispositif militaire de guidage par AR – Crédits : Wikimedia

À la guerre de contact, de front, la guerre à distance vient s’ajouter. Et l’objet qui vient incarner le mieux la rencontre du réel et du virtuel, c‘est probablement le drone.

Avec ses vols sans pilotes, dirigés à distance, les militaires se retrouvent à tuer de vraies personnes par le biais d’image. Cette distance paradoxale, introduite par la commande à distance, a été décrite récemment dans un documentaire d’Éléonore Weber, « Il n’y aura plus de nuit ». Paradoxe, car souvent aussi, la capacité à capter des images de plus en plus proches et définies introduit une étrange proximité visuelle avec les futures victimes.

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Sources : LeDevoir, UADynamics, Newsweek, Twitter, Forbes, NYPost, MilitaryFactory, Wionews