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Test : Unistellar eVscope, le télescope connecté à vision amplifiée

L’eVscope d’Unistellar est un télescope « tout-en-un » compact et transportable, équipé d’une technologie brevetée de vision amplifiée. Celle-ci permet théoriquement des observations similaires à des modèles de plus grand diamètre, bien plus lourds et nécessitant toute une électronique de traitement d’image. Alléchant sur le papier, que vaut en pratique ce concept ?

unistellar evscope
Crédit : Galaxie Media / Yannick Guerrini

En octobre 2017, la start-up Unistellar lançait sur Kickstarter un appel au financement participatif pour développer puis commercialiser l’eVscope (Enhanced Vision Telescope), un télescope connecté à vision améliorée. L’idée, qui trottait depuis le début de l’année 2015 dans la tête des fondateurs d’Unistellar, rencontre rapidement le succès : 2144 contributeurs se sont fait connaitre, pour un engagement global de plus de 2,2 millions de dollars.

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Si le principe d’un télescope facilement transportable à vision augmentée avait déjà été validé un peu plus tôt, lors de sa présentation aux CES de 2017 et 2018, c’est véritablement ce Kickstarter qui va permettre à Unistellar de finaliser son eVscope, d’en assurer la production puis la commercialisation.

unistellar evscope
7/10

Unistellar eVscope

Un 114/450 à vision amplifiée

3058€ > Unistellar
On aime
  • Compacité du produit, faible poids
  • Le design, la qualité de montage
  • L'aspect "tout-en-un automatique"
  • La science participative
  • La possibilité d'enchainer rapidement l'observation de nombreux objets célestes
  • L'autonomie
  • L'observation qui reste possible en cas de ciel pollué
  • La simplicité d'utilisation
  • Le masque de Bahtinov integré
On n’aime pas
  • Le prix un peu élevé
  • L'absence de sécurisation de l'accès WiFi
  • L'ergonomie de l'application à revoir
  • L'envoi obligatoire des photos vers les serveurs d'Unistellar, pour vider la mémoire de l'appareil
  • L'impossibilité de récupérer les fichiers bruts des observations

A ce jour, un millier de télescopes ont été livrés dans le monde par Unistellar et plus de 3000 personnes l’ont déjà acheté, ce qui déjà représente à n’en pas douter un succès commercial. Nous avons pu tester pendant quelques semaines un exemplaire de l’eVscope, un temps suffisant pour découvrir et apprécier les qualités (et les quelques inconvénients) de ce télescope à vision augmentée.

unistellar evscope
Crédit : Galaxie Media / Yannick Guerrini

Matériel fragile par définition, le télescope est soigneusement emballé dans de la mousse protectrice afin de parer à toute éventualité lors du transport. A l’intérieur du carton, on découvre l’eVscope équipé de sa monture et de sa batterie intégrée, le trépied télescopique, ainsi que quelques accessoires. Unistellar propose également à la vente un sac à dos adapté permettant d’emmener le télescope sur le site d’observation. Un bon point, même si dans l’absolu n’importe quel sac à dos suffisamment grand pourra convenir.

Un 114/450 (trans)portable

L’eVscope d’Unistellar a été développé et conçu dans une logique d’observation visuelle, et non d’astrophotographie. Toutes ses caractéristiques techniques sont donc adaptées à ce type d’utilisation. On trouve donc un tube de 450 mm et un miroir primaire de 114 mm (soit un rapport F/D de 4), des dimensions plutôt raisonnables dictées par un impératif de transportabilité : l’ensemble ne pèse « que » 9 kg, trépied et batterie intégrée assurant une autonomie de 10 heures compris, ce qui permet de l’emporter facilement n’importe où.

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Il n’y pas de miroir secondaire, un capteur Sony IMX224 étant installé à la place, directement au foyer. Le choix d’Unistellar s’est porté sur ce capteur CMOS en particulier en raison de sa sensibilité et de son faible bruit, malgré sa définition assez moyenne (« seulement » 1,27 millions de pixels). C’est moins que le capteur de 6,4 millions de pixels qui équipe le télescope Stellina de Vaonis, mais rappelons une fois encore que l’eVscope est avant tout destiné à l’observation, et pas à l’astrophoto !

unistellar evscope
Crédit : Galaxie Media / Yannick Guerrini

C’est pour cette même raison que le constructeur a intégré au tube un petit écran OLED, afin que l’utilisateur retrouve les sensations procurées par l’observation réalisée à l’aide d’un télescope classique. L’appareil bénéficie d’un pouvoir séparateur de 2 secondes d’arc et d’un grossissement optique de 50x (400x numérique max, 150x conseillé), des caractéristiques idéales pour observer les objets du ciel profond, de faible luminosité.

La mise au point est extrêmement aisée, la bague située à l’arrière permettant un réglage très fin. On appréciera au passage la présence d’un masque de Bahtinov incorporé au cache du tube, un accessoire indispensable pour réaliser une mise au point parfaite.

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Monture azimutale motorisée et GoTo intégré

Le télescope est monté sur une monture azimutale motorisée, parfaitement adaptée au ciel profond. L’utilisation de ce type de monture plutôt qu’une monture équatoriale se justifie également par la présence d’un GoTo, système permettant de pointer de manière automatique l’objet à observer.

unistellar evscope
Crédit : Galaxie Media / Yannick Guerrini

Le trépied est de conception robuste et, bien que dépourvu d’entretoises, l’ensemble se montre stable une fois monté (malgré le très léger jeu présent) grâce à deux simples vis de serrage. Un niveau à bulle intégré permet de s’assurer de la position parfaitement horizontale de l’ensemble. Les rallonges du trépied peuvent en cas de besoin faire monter l’oculaire l’eVscope à plus de 1m50, assurant une observation agréable dans n’importe quelle situation.

La mise en station est extrêmement simple, l’électronique embarquée se chargeant du positionnement (via le GPS intégré au smartphone, nous y reviendrons), du pointage et du suivi automatisé grâce aux magnéto-accéléromètres intégrés. Unistellar utilise pour cela une reconnaissance de champ, technologie brevetée basée sur l’identification des étoiles observées en les comparant à une base de données regroupant les coordonnées de 20 millions d’étoiles. En d’autres termes, il suffit de poser l’eVscope, et ce dernier se charge du reste en quelques secondes seulement !

La vision amplifiée, ou le « stack » de prises de vue

Au premier abord, on pourrait craindre qu’un petit 114/450 se montre insuffisant pour observer visuellement des objets du ciel profond. C’est ici qu’intervient la vision amplifiée, technologie brevetée mise en avant par Unistellar.

unistellar evscope
Crédit : Galaxie Media / Yannick Guerrini

Le principe repose sur l’empilage de nombreuses prises de vues réalisées de manière automatique par l’électronique embarquée, associé à du traitement d’image et de la réduction de bruit numérique. Par défaut, le capteur optique permet des poses de 4 secondes au maximum, avec un gain réglable, mais la technologie de vision amplifiée permet de simuler des poses bien plus longue.

L’empilage de prises de vue, bien connu des astronomes amateurs, permet théoriquement à ce « petit » 114/450 d’observer des objets d’une magnitude pouvant aller jusqu’à 16, voire 18 dans des conditions optimales, au bout de quelques minutes d’observation. Les objets les plus lumineux sont même visibles en pleine ville, malgré des conditions très dégradée à cause de la pollution lumineuse.

Il est bien entendu possible de paramétrer manuellement le temps de pose et le gain, ou bien de laisser l’eVscope tout gérer de manière automatique. Notons au passage que c’est un Raspberry Pi 3 qui sert de base à l’électronique embarquée, un choix judicieux compte tenu des performances suffisantes pour ce type de tâche.

L’eVscope fonctionne de concert avec un smartphone, puisqu’une application mobile est indispensable à son bon fonctionnement. L’eVscope sert alors de point d’accès WiFi auquel un ou plusieurs appareils vont pouvoir se connecter, le premier chronologiquement à le faire devenant l’opérateur, les suivants restant de simples observateurs. On regrettera au passage que le WiFi de l’eVscope ne demande aucun mot de passe, un mauvais point niveau sécurité.

Image 1 : Test : Unistellar eVscope, le télescope connecté à vision amplifiée
Crédit : Unistellar / Yannick Guerrini

Une fois associé, le smartphone de l’opérateur prend alors le contrôle de l’eVscope. Il est possible de guider manuellement ce dernier, mais aussi de demander au télescope de pointer de manière automatique l’un des 4800 objets présent dans le catalogue embarqué. Pour cela, l’eVscope utilise de manière conjointe le GPS du smartphone, les accéléromètres intégrés, la boussole ainsi que la reconnaissance du champ visuel.

M42
M42 / Crédit : Unistellar – Yannick Guerrini

M82
M82 / Crédit : Unistellar – Yannick Guerrini

M81
M81 / Crédit : Unistellar – Yannick Guerrini

L’application pourra même conseiller les meilleurs objets à observer en fonction de l’heure, de la date et de l’emplacement géographique de l’opérateur. De quoi observer de nombreux objets célestes en un minimum de temps ! Le logiciel est même capable de détecter les chocs, demandant alors un réalignement de l’eVscope.

De l’astronomie participative et communautaire

S’il est possible de visionner les objets directement sur le smartphone, afin de les sauvegardés localement, l’eVscope conserve lui aussi en interne toutes les prises de vues réalisées. C’est ici qu’apparait une autre idée particulièrement intéressante de ce télescope connecté : la recherche scientifique communautaire. En utilisant l’eVscope, vous rejoignez de manière automatique un réseau de milliers d’observateurs dans le monde.

M51
M51 / Crédit : Unistellar – Yannick Guerrini
NGC 2392
NGC 2392 / Crédit : Unistellar – Yannick Guerrini
M97
M97 / Crédit : Unistellar – Yannick Guerrini

Il devient dès lors possible, grâce aux caractéristiques de l’eVscope, d’observer simultanément à partir de centaines d’endroits différents un même événement céleste (occultation, transit, passage d’astéroïde…). L’Institut SETI s’est d’ailleurs associé à se projet, preuve que l’eVscope peut contribuer à la recherche scientifique.

En début d’année, des eVscope ont pu préciser l’emplacement et l’orbite de l’astéroïde 2000 UD52 (par occultation), et ont confirmé le transit de l’exoplanète Qatar-1 b autour de son étoile. En moins de quatre mois, ce sont 18 occultations d’astéroïdes et autant de transits d’exoplanètes qui ont été rapportés par différents astronomes amateurs.

Un potentiel énorme malgré quelques petits défauts

Le seul problème, c’est que l’eVscope impose d’envoyer ses clichés à Unistellar pour « vider » sa mémoire interne. Il n’est en effet pas possible de choisir d’envoyer ou non ses clichés, voire de faire une sélection limitée des fichiers à envoyer. Et impossible (ou presque) de vider la mémoire de l’eVscope lorsqu’elle est pleine sans passer par cette étape.

M76
M76 / Crédit : Unistellar – Yannick Guerrini
M108
M108 / Crédit : Unistellar – Yannick Guerrini
M106
M106 / Crédit : Unistellar – Yannick Guerrini

L’entreprise nous a toutefois assuré travailler sur une mise à jour du logiciel qui devrait prochainement corriger ce problème. De la même façon, Unistellar travaille encore sur l’ergonomie de l’application mobile, perfectible. Il est aussi impossible, à l’heure actuelle, de récupérer les prises de vue brutes. Ces quelques petits défauts (ainsi que le WiFi non sécurisé) justifient la note – temporaire – que nous avons attribué à l’eVscope. Une fois ces derniers corrigés, nous relèveront avec joie cette note à son juste niveau.

Mise à jour : Unistellar nous a indiqué avoir publié une nouvelle version de l’application corrigeant une partie de ces problèmes, notre note a donc été réévaluée en conséquence.

Dans l’absolu, l’eVscope d’Unistellar est un bon produit, robuste et bien pensé. Il souffre encore de quelques défauts de jeunesse, corrigeables via des mises à jour logicielles pour la plupart. Reste à savoir si l’astronome amateur qui sommeille en chacun d’entre nous acceptera de signer un chèque de 3000 euros environ pour un tel télescope. Une telle somme permet d’acquérir un modèle aux caractéristiques optiques bien supérieures, mais au détriment de la facilité d’utilisation, de la compacité et de l’automatisation poussée à l’extrême.