Voiture électrique : l’Europe se tourne vers l’Amérique pour contrer la Chine

L’Europe automobile risque-t-elle de devenir simple carrossier ?

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Crédit : Envato
Voiture du futur : l’Europe dépend-elle trop des États-Unis ?

L’industrie automobile européenne traverse une phase de recomposition silencieuse. À mesure que la voiture électrique devient un concentré de logiciels, de données et d’électronique avancée, les lignes bougent. Les rivalités d’hier laissent place à des rapprochements stratégiques inattendus, notamment entre les groupes européens et américains. Derrière ces coopérations se dessine toutefois une question plus vaste : celle de l’autonomie industrielle du continent.

La montée en puissance des constructeurs chinois de véhicules électriques, soutenus par des politiques publiques offensives, des chaînes d’approvisionnement intégrées et des coûts compétitifs, a rebattu les cartes. Face à cette pression, les Européens et les Américains affichent des préoccupations communes (dépendance technologique, maîtrise des données, subventions massives et déséquilibres commerciaux). Les mesures protectionnistes adoptées de part et d’autre de l’Atlantique traduisent cette convergence d’intérêts.

Dans ce contexte, le regard porté sur les acteurs américains évolue. Longtemps perçus comme des concurrents dominants du numérique, ils apparaissent désormais, pour certains industriels européens, comme des partenaires capables d’apporter des briques technologiques clés, notamment dans le logiciel embarqué et les services connectés.

Alliance transatlantique ou dépendance stratégique ?

Le cas de Tesla illustre cette ambiguïté. Le constructeur américain produit aussi en Europe, notamment en Allemagne, où elle emploie des milliers de salariés. Cette implantation locale brouille les frontières. Tesla est à la fois concurrent direct des marques européennes et acteur industriel intégré au tissu économique du continent. Mais l’image du groupe reste sensible aux prises de position de son dirigeant, ce qui montre à quel point ces équilibres sont fragiles.

Un autre exemple révélateur : l’accord entre Volkswagen Group et Rivian. Le cœur de la compétition ne se limite plus à la batterie, il concerne désormais la voiture définie par logiciel (SDV). Plutôt que de développer seule son architecture logicielle, Volkswagen a choisi de s’appuyer sur l’expertise d’une jeune entreprise américaine. Un choix pragmatique, mais qui souligne les difficultés européennes dans ce domaine stratégique.

La dépendance logicielle apparaît également avec l’adoption croissante d’Android Automotive développé par Google. Plusieurs constructeurs européens l’intègrent pour la navigation, la gestion énergétique et les services connectés. Le paradoxe est frappant. Pour éviter une dépendance aux écosystèmes chinois, certains préfèrent s’appuyer sur ceux de la Silicon Valley.

Les partenariats ne s’arrêtent pas là. Des fournisseurs américains de semi-conducteurs et de solutions cloud occupent une place croissante dans les architectures embarquées européennes. Même des marques prestigieuses comme Aston Martin se tournent vers Lucid Motors pour leurs technologies électriques. À l’inverse, des collaborations croisées existent aussi, preuve que l’interdépendance est devenue la norme.

Faut-il y voir une alliance stratégique durable ou un simple mariage de circonstance ? Les États-Unis défendent avant tout leurs propres intérêts industriels, comme en témoigne leur politique de soutien massif à la production locale. En cherchant à se protéger de la concurrence chinoise, l’Europe limite un risque… mais en accepte un autre, celui d’une dépendance accrue aux technologies et aux décisions venues d’outre-Atlantique.

Source : Automobile Propre