IPTV : NordVPN échappe à des sanctions, un tournant dans la lutte contre le piratage ?

Sommé de bloquer des adresses IP liées au piratage des matchs, NordVPN risquait des sanctions en Espagne. Le tribunal de Cordoue a toutefois renvoyé LaLiga dans les cordes, prenant en compte les arguments techniques avancés par le fournisseur de VPN.

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Face au piratage sportif, les ayants droit cherchent désormais à impliquer les intermédiaires techniques comme les VPN, utilisés pour contourner les restrictions géographiques et accéder aux IPTV pirates et sites de streaming illégaux. En Espagne, LaLiga vient toutefois d’essuyer un revers qui pourrait rebattre les cartes de la lutte contre les matchs piratés.

Un peu de contexte s’impose. En février dernier, le tribunal de commerce de Cordoue avait accordé à LaLiga et à Telefónica Audiovisual Digital des “mesures conservatoires” contre NordVPN et ProtonVPN. Ces derniers devaient ainsi bloquer des adresses IP diffusant illégalement des matchs du championnat espagnol de football. Un mécanisme dynamique permet à LaLiga de transmettre des listes mises à jour d’adresses à bloquer sans avoir à repasser devant le juge.

Piratage sportif en Espagne : NordVPN contre-attaque

Quelques mois plus tard, la ligue espagnole a saisi le tribunal pour demander des sanctions contre NordVPN, estimant que celui-ci n’avait pas respecté l’ordonnance. L’entreprise, qui contestait techniquement la faisabilité du blocage, a toutefois évité les amendes le 19 mai dernier. “Premièrement, ces adresses IP changent en permanence, souvent en l’espace de quelques heures, de sorte que les listes fournies ne correspondaient déjà plus aux adresses réelles au moment où le blocage pouvait être mis en œuvre”, argue NordVPN dans un communiqué.

Et d’évoquer le problème du surblocage au niveau des adresses IP, un dispositif qui “rend inaccessibles des milliers de sites web parfaitement légitimes pour les utilisateurs en Espagne et au-delà”. Deux arguments qui ont fait mouche. “Le juge a mis en balance notre rapport et celui de LaLiga, a constaté l’existence d’un véritable différend technique et a jugé que des sanctions financières n’étaient pas justifiées”, se félicite le célèbre réseau privé virtuel.

La lutte contre le piratage nuit aux internautes légitimes

S’il ne s’agit pas encore d’un jugement définitif, cette décision met en exergue les dérives engendrées par la lutte contre le piratage, lorsque les dispositifs de blocage s’étendent au-delà des cibles légitimes. NordVPN cite notamment “Cloudflare, Vercel, GitHub, Docker” rendus “intermittents ou inaccessibles pour les utilisateurs espagnols pendant les fenêtres de match”. Des perturbations documentées régulièrement par “des organisations de la société civile, des développeurs et des petites entreprises”.

NordVPN reconnaît la légitimité de la lutte contre le piratage, “les ayants droit devant pouvoir disposer de recours efficaces”. Pour autant, “les moyens employés pour y parvenir doivent être proportionnés, techniquement fiables et respectueux de toutes les personnes qui dépendent d’une même infrastructure partagée. Le blocage généralisé d’adresses IP imposé aux fournisseurs de VPN échoue sur chacun de ces points”, conclut l’entreprise.

A noter que la législation espagnole pourrait évoluer à l’avenir. Le 30 avril 2026, la Commission de l’économie, du commerce et de la transformation numérique du Congrès a approuvé une initiative non contraignante, portée par le PSOE et ERC. Celle-ci appelle à réformer la loi sur les services numériques pour y introduire un principe de proportionnalité et garantir qu’aucun blocage ne frappe des services sans lien avec le piratage.

La France veut aussi bloquer dynamiquement les adresses IP des plateformes pirates

En France, plusieurs décisions de justice ont notamment contraint les VPN à bloquer les domaines de sites de streaming et d’IPTV illégaux. Soucieuses de gagner en efficacité et en réactivité, les autorités veulent désormais aller plus loin. Elles viennent ainsi de lancer leur propre système de blocage d’adresses IP en temps réel, inspiré du modèle espagnol.

Concrètement, les ayants droit signalent les flux pirates à l’Arcom, qui ordonne ensuite aux FAI de bloquer les adresses IP concernées pendant la diffusion. Face aux risques de surblocage, plusieurs garde-fous ont été intégrés : liste blanche de services intouchables, fenêtres de blocage limitées à la durée des matchs, responsabilité juridique des ayants droit en cas de faux positif.

Ce dispositif est actuellement testé à Roland-Garros. Le gouvernement espère le rendre pleinement opérationnel pour la Coupe du monde. Pour ce faire, il faudra que la proposition de loi relative à l’organisation, à la gestion et au financement du sport professionnel soit définitivement adoptée à l’Assemblée nationale.