Depuis quelques jours, de nombreux courriels sur les “pixels de suivi” ont atterri dans nos boîtes mail. Conformément à la nouvelle réglementation, les entreprises doivent désormais mieux vous informer sur ce dispositif de pistage intrusif tout en vous permettant de vous y opposer.

“Nous vous informons de l’utilisation d’images et de liens traçants dans nos communications par email, permettant un suivi de navigation”. Ces derniers jours, les entreprises s’empressent d’envoyer des messages à leurs clients sur les “pixels de suivi”. J’ai notamment reçu de mon côté des courriels de Boulanger, Leboncoin, la RATP, AlloCiné ou encore du site L’Equipe qui évoquent en chœur le sujet.
Ces nombreux courriels font suite aux nouvelles recommandations publiées par la CNIL sur les pixels de suivi. Les entreprises ont jusqu’au 14 juillet pour se mettre en conformité avec la réglementation. Elles doivent informer clairement leurs destinataires de l’utilisation de ces traceurs tout en leur permettant de s’y opposer. Mais de quoi parle-t-on exactement ?

Les pixels de suivi : un dispositif de pistage désormais mieux encadré
Moins connu que les cookies, ce dispositif prend la forme d’un minuscule fichier invisible que les entreprises insèrent dans leurs emails (généralement une image d’un pixel sur un pixel). Il permet de collecter automatiquement des informations sur le destinataire, notamment :
- Confirmation d’ouverture du message ;
- Heure et jour d’ouverture ;
- Appareil et navigateur utilisés
- Localisation approximative grâce à l’adresse IP.
Cet outil de pistage permet notamment de nettoyer une liste de diffusion en retirant les destinataires inactifs ou encore de basculer vers un autre canal (courrier, SMS) quand un message important reste sans lecture. Les entreprises s’en servent aussi pour améliorer le ciblage publicitaire ou encore pour affiner leur stratégie marketing en ajustant les horaires d’envoi et les objets des messages en fonction des habitudes de lecture des destinataires.
Les cas où la CNIL n’exige pas d’accord préalable
L’accord préalable n’est pas toujours obligatoire. Il est notamment possible d’utiliser un pixel de tracking dans les messages relatifs à la sécurité d’un compte et pour la mesure individuelle de la délivrabilité, lorsqu’elle porte sur un service que le destinataire a lui-même sollicité :
“Il s’agit des courriels dits ‘transactionnels’ (alertes de compte, notifications liées à des événements comme l’expédition d’un colis, confirmations de commande et factures d’achat, rappels et réinitialisation de mot de passe, alertes de sécurité et notification de violation, etc.) et de ceux pour lesquels le destinataire a donné son consentement”, précise la CNIL.
En revanche, dès qu’un pixel sert à mesurer ou optimiser une performance marketing, le consentement devient obligatoire. Chaque traceur doit alors voir sa finalité clairement présentée, afin que la personne puisse donner son accord éclairé.
Pas de rétroactivité
A partir du 14 juillet, le consentement préalable s’impose pour tout nouvel inscrit à une liste de diffusion email. Il n’y a toutefois pas de rétroactivité : pour les adresses collectées avant la publication des recommandations, les entreprises disposent d’un délai de trois mois pour informer leurs destinataires de l’usage de ces pixels et leur permettre de s’y opposer facilement. D’où la multiplication des emails informatifs à l’approche de la date butoir.

Comment bloquer les pixels de suivi
Vous pouvez donc désormais en finir avec les pixels traçants en cliquant sur les liens d’opposition, distincts des liens de désabonnement classiques. Généralement situés en bas des e-mails, ils permettent normalement de continuer à recevoir les messages tout en désactivant le suivi de leur lecture. Ce n’est toutefois pas automatique. Refuser les pixels de suivi peut entrainer un désabonnement des listes de diffusion, comme chez Boulanger :
“Attention, l’envoi de nos messages et l’analyse de leur ouverture vont de pair, cette opposition vous désabonne automatiquement de nos emails et vous exclut des envois liés aux promotions, conseils ou encore au suivi de votre cagnotte”, indique le détaillant dans son courriel d’information.
Il est aussi possible de refuser les pixels de suivi directement depuis votre espace personnel, dans le service concerné. Et si une entreprise tarde à se mettre en conformité, il reste une solution radicale : bloquer le téléchargement automatique des images dans votre client de messagerie, ce qui neutralise au passage les pixels de suivi.